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Eurovision : Alma, Requiem, Apollo, Panta rei !

Hier soir, se tenait la 62ème finale de l’Eurovision, et les oreilles les plus affûtées auront peut-être repéré plusieurs références à l’antiquité.

« Alma », « Requiem »… Voici en très peu de mots la promesse d’un concentré de latinité, (semble-t-il) avec la représentante de la France et son titre dans le concours !

La consonance latine du nom de l’artiste (alma: « celle qui nourrit », « bienfaisante », « maternelle« ) semble surtout fortuite : ce pseudonyme est la contraction de ses prénom et nom: Alexandra Macquet.

Pour consulter la fiche de l’artiste sur le site de l’Eurovision, cliquez ici.

C’est surtout dans le titre de sa chanson que l’on trouve un peu de latin :

« Un an, deux ans, cent ans de bonheur, puis la vie te cueille comme une fleur. Fais-moi marrer j’en ai besoin, en attendant que sonne l’heure », chante Alma dans le refrain… A travers ces paroles, elle « cherche l’amour immortel comme ultime remède à la mort », dixit [la maison de disques] Warner, citée dans le quotidien gratuit 20 minutes.

Pour ce qui est du grec ancien, c’est vers la chanson du fantasque représentant de l’Italie, Francesco Gabbani, qu’il faut se tourner :

Le favori des sondages (qui n’a pas pourtant pas gagné!) a charmé beaucoup de monde avec sa chanson joyeuse, pleine de références, et sa chorégraphie dynamique dans laquelle un homme déguisé en singe l’accompagne dans une danse inspirée.

Télé Loisir nous explique que l’artiste chante « exclusivement  » en italien :

Tout au long de sa chanson, interprétée exclusivement en italien, l’artiste cite de nombreuses références littéraires ou cinématographiques (Shakespeare, Chantons sous la pluie, Buddah, Karl Marx…) en pointant du doigt les difficultés que rencontre l’homme occidental à se reconnecter à lui-même et à trouver une certaine paix intérieure.

mais le magazine se trompe ! En effet, voici un extrait des paroles :

« L’intelligenza è démodé

Risposte facili…

Dilemmi inutili…

AAA cercasi (cerca sì)

Storie dal gran finale Sperasi (spera sì)

Comunque vada panta rhei

And singing in the rain « .

« Panta rhei », de l’italien ? Évidemment non, c’est une référence revendiquée à l’aphorisme d’Héraclite Πάντα ῥεῖ (« Tout coule« ), comme on peut le lire sur la présentation de l’artiste et de sa chanson sur le site de l’Eurovision :

Pants Rei is Old-Greek meaning Everything Floats and that phrase comes from the Greek philosopher Herakleitos, which is a continuation of the philosophical trace in the lyrics.

Pour la petite histoire, en 1995, on avait déjà pu entendre un peu de grec ancien grâce à Elina Konstantopoulou qui avait commencé sa chanson Pia Prosefhi (« Quel prieur »?) par quelques mots en koine. La flute de pan avait su charmer Chypre qui évidemment avait accordé « twelve » points à leurs voisins (comme hier, non ?), mais ça n’avait pas suffi pour remporter la victoire… :
« Και γαρ εβούλοντο μυάναι την γην ταύτην
Μη γιγνώσκοντες την ύβριν, ην εποίουν… »


La Suisse, représentée par Timebelle, a été recalée et n’est donc pas allée pas en finale hier… On ne sait pas si on a loupé un beau moment, mais ça aurait été l’occasion d’entendre un péan puisque le titre avait pour titre Apollon et comme refrain : « I’ll follow you, Apollo / I’ll follow you »

Le titre Apollo rejoint ainsi dans l’oubli « ELLADA, CHORA TOU FOTOS », le titre grec de 1993 chanté par KATERINA GARBI, qui invoquait aussi les dieux, Platon & Aristote :


Paroles : https://www.gugalyrics.com/lyrics-325658/katerina-garbi-ellada%2C-chora-tou-fotos.html

A propos Samuel Tursin

Enseignant de Lettres classiques dans l'académie de Lille.

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