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Phèdre (à repasser) : Parodie de Phèdre par Pierre Dac

Phèdre (à repasser) : Parodie de Phèdre par Pierre Dac

France Culture

 

Phèdre (à repasser) est une pièce de théâtre française de Pierre Dac écrite en 1935 et créée en novembre 1935 avec Fernand Rauzéna et O´dett, au Liberty´s, un cabaret-dancing de Paris. C’est une parodie de Phèdre de Racine.

La pièce est jouée en 1936 au Casino de Paris, dans la revue Plaisirs de Paris, avec O’dett, Fernand Rauzena et l’auteur lui-même. La pièce est également enregistrée la même année sur disque Gramophone

PERSONNAGES

  • PHÈDRE
  • SINUSITE (1ère servante de Phèdre)
  • PET-DE-NONNE (2ème servante)
  • HIPPOLYTE
  • THÉRAMÈNE
  • LE CHœUR ANTIQUE

LE CHœUR ANTIQUE (gueulant)

Ô puissant Dieu des Grecs, je viens sous votre loi

Faire entendre en ces lieux ma douce et faible voix.

De Phèdre et d’Hippolyte au lourd passé de gloire

Je veux ressusciter la tragique mémoire…

Phèdre aimait son beau-fils, Hippolyte au cœur pur,

Qui lui ne voulait pas de cet amour impur.

Ce que vous entendrez ici n’est pas un mythe

Mais le récit vécu de Phèdre et d’Hippolyte.

 

(Le chœur antique sort et Hippolyte et Théramène paraissent.)

 

THÉRAMÈNE

Tu me parais bien pâle et triste à regarder

Qu’as-tu donc, Hippolyte ?

 

HIPPOLYTE

Je suis bien emmerdé !

 

THÉRAMÈNE

C’est un sous-entendu mais je crois le comprendre.

Va, dis-moi ton chagrin, je suis prêt à l’entendre.

 

HIPPOLYTE

Le dessein en est pris, je pars, cher Théramène,

Car Phèdre me poursuit de ses amours malsaines.

 

THÉRAMÈNE

Et Aricie alors ?

 

HIPPOLYTE

Ah! Ne m’en parle pas !

Quand j’évoque la nuit ses innocents appas

J’ai des perturbations dedans la tubulure

Car cette Aricie-là je l’ai dans la fressure,

Elle est partout en moi, j’en ai le cerveau las,

J’ai l’Aricie ici et j’ai l’Aricie là !

 

THÉRAMÈNE

Elle a pris je le vois et tes sens et ta tête …

 

HIPPOLYTE

Ah! Je veux oublier le lieu de sa retraite !

 

THÉRAMÈNE

La retraite de qui ?

 

HIPPOLYTE

La retrait’ d’Aricie

Qu’elle sorte de moi! Aricie la sortie !

 

(On entend une trompette jouer: As-tu connu la putain de Nancy …)

 

THÉRAMÈNE

Mais qui vois-je avancer en sa grâce hautaine ?

N’est-ce pas de l’amour la plus pure vision ?

C’est l’ardente sirène, la sirène des reines,

C’est Phèdre au sein gonflé des plus folles passions !

 

PHÈDRE entrant avec ses servantes

Oui, c’est moi, me voici. Tiens, c’est toi, Théramène ?

Que viens-tu faire ici ?

 

THÉRAMÈNE

Je venais, souveraine

Vous redire à nouveau mon récit tant vécu …

 

PHÈDRE

Ton récit je l’connais, tu peux te l’foutre au cul !

À l’écouter encor’ j’en aurais du malaise

Il y a trop longtemps que Théramèn’ ta fraise

 

(Théramène, ulcéré, s’incline et sort. Phèdre voit Hippolyte.)

 

PHÈDRE

Hippolyte ! Ah! Grands dieux, je ne peux plus parler

Et je sens tout mon corps se transir et brûler!

 

HIPPOLYTE

Ô rage ! Ô désespoir ! Ô détestable race !

 

PHÈDRE

Par Jupiter je crois qu’il me trait’ de pétasse

 

SINUSITE

Laissez-le donc, maîtresse, il ne veut point de vous !

 

PHÈDRE

Et moi j’en veux que j’dis, et j’l’aurai jusqu’au bout !

(A Hippolyte)

N’as-tu donc rien compris de mes tendres desseins ?

T’as-t-y tâté mes cuiss’s, t’as-t-y tâté mes seins ?

Ne sens-tu pas les feux dont ma chair est troublée.

 

HIPPOLYTE

C’est Vénus tout entière à sa proie attachée !

 

PHÈDRE

Oui, pour te posséder je me sens prête à tout !

Que veux-tu que j’te fasse ? Je suis à tes genoux …

Que n’ai-je su plus tôt que tu étais sans flamme …

 

HIPPOLYTE

Certes il eût mieux valu que vous l’sussiez, madame …

 

PHÈDRE

Mais je n’demand’ que ça !

 

HIPPOLYTE

De grâc’ relevez-vous …

 

PHÈDRE

Voyons tu n’y pens’s pas, je n’peux pas fair’ ça d’bout !

 

HIPPOLYTE

N’insistez pas, madam’, rien ne peut m’ébranler.

 

PHÈDRE

Si t’aim’s pas ça non plus, j’ai plus qu’à m’débiner !

 

HIPPOLYTE

C’est ça, partez, madame, allez vers qui vous aime.

 

PHÈDRE

Par les breloqu’s d’Hercul’ je resterai quand même !

Ah ! Que ne suis-je assise à l’ombre des palmiers …

 

HIPPOLYTE

Et pourquoi donc, madame ?

 

PHÈDRE

Parc’que là tu verrais

Ce dont je suis capable et ce que je sais faire …

Je connais de l’amour quatre cent vingt-huit manières !

 

HIPPOLYTE

C’est beaucoup trop pour moi, madame, voyez-vous.

 

PHÈDRE

Dis, t’es pas un peu dingu’ ? Ça s’fait pas d’un seul coup !

Oui je sais distiller les plus rares ivresses …

C’est-y vrai, Sinusite et Pet-d’Nonne ?

 

LES SERVANTES (un peu gênées)

Oui, c’est vrai, chèr’ maîtresse …

 

HIPPOLYTE

Je ne serais pour vous d’aucune utilité

Je ne suis que faiblesse et que fragilité.

 

PHÈDRE

On n’te demande rien ! Je f’rai le nécessaire

T’as pas à t’fatiguer, t’auras qu’à t’laisser faire.

 

HIPPOLYTE

Le marbre auprès de moi est brûlant comme un feu …

 

PHÈDRE

J’suis pas feignant’ sous l’homme et j’travaill’rai pour deux !

 

HIPPOLYTE

Vos propos licencieux qui blessent les dieux mêmes

Point ne les veux entendre, c’est Aricie que j’aime.

 

PHÈDRE

Mais de quels vains espoirs t’es-tu donc abusé ?

Aricie est pucelle et n’a jamais …

 

HIPPOLYTE

Je sais !

Mais c’est cela surtout qui me la rend aimable …

 

PHÈDRE

Oui, mais pour c’qu’est d’la chose elle doit être minable !

Allons, va, n’y pens’ plus et sois mon p’tit amant

Tu connaîtras par moi tous les enchantements !

 

HIPPOLYTE

De grâce apaisez-vous, je me sens mal à l’aise …

 

PHÈDRE

Viens, pour te ranimer j’te f‘rai l’Péloponnèse !

 

HIPPOLYTE

Qu’est-ce encor’ que cela ?

 

PHÈDRE

C’est un truc épatant !

Ça s’fait les pieds au mur et l’nez dans du vin blanc !

 

HIPPOLYTE

De tant de perversion tout mon être s’affole.

 

PHÈDRE

Ben qu’est c’que tu dirais si j’te f‘sais l’Acropole.

 

HIPPOLYTE

Quelle horreur !

 

PHÈDRE

Comm’ tu dis ! Mais c’est bougrement bon …

Ça s’fait en descendant les march’s du Parthénon !

 

HIPPOLYTE

Prenez garde, madame, et craignez mon courroux !

 

PHÈDRE

C’est ça, vas-y Polyte, bats-moi, fous-moi des coups !

 

HIPPOLYTE

Vous frapper ? Moi, jamais, mon honneur est sans tache.

 

PHÈDRE

Mais y a pas d’déshonneur, moi j’aim’ ça l’amour vache

Viens, – tu s’ras mon p’tit homme et j’te donn’rai des sous …

 

HIPPOLYTE

Ah ! Que ne suis-je assis à l’ombre des bambous …

Je ne veux rien de vous, mon cœur reste de roche !

 

PHÈDRE (câline)

Qu’est-c’que tu dirais d’un p’tit cadran solaire de poche ?

J’te f’rai fair’ sur mesure un’ joli’ peau d’mouton

Et pour les jours fériés des cothurn’s à boutons …

 

HIPPOLYTE

Croyez-vous donc m’avoir en m’offrant des chaussures ?

C’est croire que mon cœur du vôtre a la pointure !

 

PHÈDRE

En parlant de pointure, si j’en juge à ton nez

Ell’ doit être un peu là si c’est proportionné !

 

HIPP0LYTE

Vous devriez rougir de vos propos infâmes

Vous me faites horreur, ô méprisable femme !

 

PHÈDRE

À la fin c’en est trop! Mais n’as-tu donc rien là ?

 

HIPPOLYTE

Madame je n’ai point de sentiments si bas.

 

PHÈDRE

Les feux qui me dévorent ne sont pas éphémères …

Hippolyt’ je voudrais que tu me rendiss’s mère.

 

HIPPOLYTE

Ciel ! Qu’est-ce que j’entends ? Madame, oubliez-vous

Que Thésée est mon père et qu’il est votre époux ?

 

PHÈDRE

C’qui fait que j’suis ta mèr’, c’est pour çà qu’tu t’tortilles ?

Ben comm’ ça tout s’pass’ra honnêt’ment en famille.

 

HIPPOLYTE

Mais si de cet impur et vil accouplement

Il nous venait un fils, que serait cet enfant ?

 

PHÈDRE

Puisque je s’rais ta femme en mêm’ temps que ta mère

L’enfant serait ton fils en mêm’ temps que ton frère …

 

HIPP0LYTE

Et sic’était un’ fill’ qu’engendrait votre sein ?

 

PHÈDRE

Ta fill’ serait ta sœur et ton frèr’ mon cousin !

 

HIPPOLYTE

Ah! Que ne suis-je assis à l’ombre des pelouses …

 

PHÈDRE

Tu parl’s ! Avec c’monde’là, qu’est-c’qu’on f‘rait comm’ partouzes !

 

HIPPOLYTE

Assez, je pars, adieu !

 

PHÈDRE

Ah ! Funèbres alarmes,

Voilà donc tout l’effet que t’inspirent mes charmes ?

J’attirerai sur toi la colère des dieux

Afin qu’ils te la coupent !

 

HIPPOLYTE

Quoi, la tête ?

 

PHÈDRE

Non, bien mieux !

 

HIPPOLYTE

Vous êtes bien la fille de Pasiphaé !

 

PHÈDRE

Et toi va par les Grecs t’faire empasiphaer !

Sinusite et Pet-de-Nonne, venez sacrées bougresses,

Calmez mon désespoir, soutenez ma faiblesse …

 

PET-DE-NONNE

Elle respire à peine, elle va s’étouffer …

 

PHÈDRE

Ben, c’est pas étonnant, j’ai c’t’Hippolyt’ dans l’nez !

Je veux dans le trépas noyer tant d’infamie

Qu’on me donn’ du poison pour abréger ma vie !

 

SINUSITE

Duquel que vous voulez, d’l’ordinaire ou du bon ?

 

PHÈDRE

Du gros voyons, du roug’, celui qui fait des ronds.

Qu’est-c’que vous avez donc à m’bigler d’vos prunelles ?

Écartez-vous de moi !

(A Hippolyte)

Toi, viens ici, flanelle.

Exauce un vœu suprême sans trahir ta foi,

Viens trinquer avec moi pour la dernière fois.

(Les servantes apportent deux bols.)

À la tienne érotique sablonneux et casse pas le bol !

(Elle boit)

Ô Dieu que ça me brûl’, mais c’est du vitriol !

 

HIPPOLYTE boit

Divinités du Styx, je succombe invaincu Le désespoir au cœur …

 

PHÈDRE

Et moi le feu au cul !

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