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Le troisième testament – Julius, livre I

Bandes dessinées / BD
Date de sortie : 29 septembre 2010
Public : tout public      Période historique : : 1er siècle
Dessinateur : RECHT Robin
Scénariste : ALICE Alex, DORISON Xavier
Coloriste : LAPIERRE François
Editeur : Glénat
Collection : Grafica
Nombre de pages : 88 p.
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Le Troisième Testament avait révolutionné la bande dessinée historique en associant, pour la première fois, grande aventure et quête ésotérique. Sept ans après, les scénaristes Alex Alice et Xavier Dorison remontent aux sources de la légende, sur les traces de leur prophète oublié : Julius de Samarie.

Cet homme aurait reçu la parole de Dieu, et l´aurait cachée aux yeux des hommes. Voilà ce que racontent d´obscures légendes médiévales… La réalité est plus fantastique encore. Nous sommes trente ans après la mort du Christ. Julius s´appelle encore Julius Publius Vindex. Il est général, légat de Rome, persécuteur de juifs et de chrétiens.

Comment cet homme, qu´on nomme « le Boucher d´Alexandrie », va-t-il devenir le prophète de la légende ? Au moment où la Judée s´apprête à se soulever contre Rome dans une guerre qui va changer le monde à jamais, quel sera le rôle de Julius dans l´avènement du messie qu´annoncent les écritures depuis le commencement des temps ? Servie par le dessin épique et généreux de Robin Recht (Totendom), mis en couleur par François Lapierre (La Quête de l´Oiseau du Temps), cette fresque a le goût des meilleurs péplums et la dimension des plus grands récits fantastiques.

Voir la bande annonce de l´éditeur :

La critique de Michel Eloy, du site peplums.info :

« Il y a deux histoires : l´histoire officielle, menteuse, puis l´histoire secrète où sont les véritables causes des événements… », a proclamé Honoré de Balzac. Au gré de l´imagination débridée de ses auteurs, la fiction ésotérique peut déboucher sur cette sorte d´uchronie que sont les aventures d´un hypothétique Julius de Samarie protagoniste de la révolte juive qui aboutira à  la destruction de Jérusalem. Une « uchronie ésotérique », en somme. Esotérique parce que s´immergeant dans la révélation d´une histoire religieuse cachée (ici, un Messie alternatif, un doublet de Jésus Christ : en fait son propre frère). Depuis la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, le ciné BD roman historique ne se contente plus de gloser qui sur la Tunique de Jésus, qui sur la Lance du centurion ou la coupe de la Dernière Cène. Le cinéma (Indiana Jones), la BD (Le Triangle secret de Didier Convard, Le Décalogue de Franck Giroud, Le Fils de la Vierge, de Patrick Cothias…), les romans de Michael Moorcock, Dan Brown, Daniel Easterman etc. aiment à  susciter une réflexion contestataire sur les « certitudes » du judéo christianisme.

En ce sens, les ouvrages de Gérald Messadié ou de Robert Ambelain en ont ouvert la voie même s´il peut paraître bien prétentieux de vouloir aller jouer aux billes dans la cour de théologiens formatés dans le sérail. Les origines du christianisme ont donc la cote en Occident, suivis de près par les fantasmagories égyptologiques. L´investissement dans les autres mythologies est plus rare : la trilogie Médée de Renot & Ersel n´évite pas de raccrocher la mythologie grecque à  l´exégèse biblique. Aussi, référant au Marteau de Thor et à  la mythologie scandinave, Vikings de P. Weber & L. Sieurac constitue une heureuse exception. Encore que, étant en somme une croix inversée, les sabots fourchus du bouc Lucifer ne devraient jamais être fort éloignés du Marteau du dieu de la guerre : Satan ne se dissimule t il pas systématiquement derrière les symboles des anciennes croyances de nos aïeux ? Raccourci facile, mais imparable !

Sept ans après la parution du quadriptyque Le Troisième Testament1 : Marc ou Le Réveil du Lion (1997), 2 : Matthieu ou Le Visage de l´Ange (1998), 3 : Luc ou Le Souffle du Taureau (2000), 4 : Jean ou Le jour du Corbeau (2003) ” qui se passe au Moyen Âge, voici de retour Xavier Dorison et Alex Alice dans un nouveau cycle qui cette fois nous reporte à  l´Antiquité, superbement dessiné par Robin Recht et mis en couleur par François Lapierre qui sait nous composer des ambiances extraordinaires. Sans doute est ce le prologue du Spartacus de Kubrick qui a fourni le principal décor du Troisième Testament : Julius/I, celui des mines de soufre de Siddim [Sodome] où peinent et meurent harassés des esclaves juifs et chrétiens.

Mais Julius/I est aussi une uchronie dans la mesure où le scénario reprend dans le désordre quelques éléments historiques épars replacés dans le contexte de la Guerre Juive qui démarra sous Caligula (à  cause des effigies impériales placées devant le Temple), continua sous Claude et Néron, pour trouver sa conclusion sous Vespasien avec la destruction de Jérusalem par Titus (en 70). Le « boucher d´Alexandrie » se nommait en fait Tiberius Julius Alexander. Ce juif apostat, qui avait embrassé les cultes romains sans doute pour servir sa carrière militaro-politique, était le neveu du philosophe Philon d´Alexandrie. Comme procurateur de Judée (46-48), il se signala par son respect des coutumes de ses anciens coreligionnaires ; ensuite il suivit Corbulon dans la guerre contre les Parthes. Puis il fut nommé préfet d´Egypte (66-69) et, enfin, chef d´état-major de Titus au siège de Jérusalem. Entre-temps, en 66, il lui aura fallu réprimer la révolte de ses coreligionaires alexandrins : il en massacra allégrement 50.000 (ou seulement 5.000, selon les sources) (JOS., G. Juifs, XVIII, 7 et 8).

Dans Le Troisième Testament, ce Reinhard Heydrich en jupettes est donc devenu Julius Publius Vindex, un général romain qui en 64 ” avec la complicité de quelques puissants corrompus ” aurait conspiré contre l´empereur Néron, et pour cette raison a été envoyé aux mines. Selon la BD, il aurait été le véritable commanditaire de l´incendie de Rome. On doit pouvoir sans problème rattacher ce personnage de papier à  l´historique gouverneur des Gaules, le propréteur C. Julius Vindex, qui effectivement, en décembre 67, mais à  la tête de ses légions, se révolta contre Néron.
Il fut liquidé par son collègue de Haute Germanie, Verginius Rufus, tandis que ses complices Othon et Galba ” respectivement gouverneurs de Lusitanie et d´Espagne citérieure ” devenaient l´espace de quelques mois empereurs à  la place de l´empereur, le second étant lui même balayé par Vespasien (SUÉTONE, Galba, IX, XVI, XL).

On voit vite les limites de cette « reconstitution historique » qui télescope dans le désordre des événements survenus en 64, 66 et 68. D´autant que, faisant la synthèse des noms de Tib. Julius Alexander et de C. Julius Vindex, le scénariste ne semble pas avoir tenu compte de ce que le gentilice « Julius » est un nom de famille qui doit venir en seonde position dans les tria nomina (et le prénom Publius en premier) ! Clients de C. Julius Caesar, tous les Gaulois qui de lui avaient obtenu la citoyenneté romaine étaient des Julius quelque chose !
Autre détail : depuis Auguste, les « généraux » romains vainqueurs ne triomphent plus à  Rome, au contraire de Vindex dans les premières pages. Désormais réservé à  l´empereur et aux membres de sa famille, cet honneur a été retiré aux préteurs, proconsuls etc.
Quant à  l´incendie de Rome, il eut lieu en juillet 64 : or la Ville est sous la neige lorsque, dénoncé par sa propre fille christianisante, Vindex est arrêté, etc. Il est vrai que si l´album l´évoque, il ne le met pas en scène ” ce qui doit laisser supposer que, l´idée ayant fait son chemin dans la tête de certaines personnes, l´incendie criminel (?) n´eut lieu que quelques mois plus tard et pas de son fait.

Bien sûr, le pitch n´était sûrement pas de retracer des événements historiques, mais plutôt de confronter une crapule finie, Vindex, à  un pacifiste baba cool. Répudié par Rome, le dur guerrier finira par devenir « Julius de Samarie », chef zélote aux côtés de Simon bar Giora et consorts.

On est donc bien dans une uchronie : Vindex n´est pas vraiment Vindex mais y ressemble étonnement ; son coup d´Etat anticipe de quatre ans le vrai, et il survit à  sa mortelle défaite tout comme Jésus Christ survit à  sa crucifixion à  travers son double, son autre lui même. Ce frère élevé secrètement, adopté « par Isaac et Sarah », et que la BD ne nomme pas autrement que « rabbi » ” mais que les zélotes reconnaissent comme leur vrai Messie.

Comme souvent des uchronies, l´album s´achève sur un énorme point d´interrogation… Conscients d´avoir peut être été trop loin, les scénaristes laissent à  leurs lecteurs le soin d´eux mêmes imaginer la fin de l´Histoire… ou, comme c´est plus probable, se réservent pour un Julius/II, qui nous révélera la « véritable histoire » de ce Julius de Samarie dont parlent les mémoires d´Elisabeth d´Elsenor, point de départ de ce Troisième Testament. Affaire à  suivre…



Dans la même série
  • Le troisième testament – Julius, livre II
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  • Le Troisième testament – Julius IV
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