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NOUS AVONS BESOIN DES LANGUES ET CULTURES DE L’ANTIQUITE : Isabelle Le Coarer, médecin

Arrête Ton Char ! a décidé de donner la parole à des personnalités du monde de la culture, des médias, de l’entreprise et de la politique qui souhaitent témoigner de l’importance des Langues et Cultures de l’Antiquité au XXIème siècle.

 

Isabelle Le Coarer est médecin journaliste et a soutenu sa thèse en 1985. Elle a également obtenu un Diplôme d’Université en 1996. Elle a , parallèlement à sa carrière de médecin généraliste au sein du cabinet qu’ell11402434_10206888501074836_6545202577953717132_oe a créé, enseigné en Lycée auprès des classes de Terminales SMS. Ella connu un très vif succès au sein de la communauté médicale, en, juin 2015, en adressant une lettre ouverte à Florence Augier du parti socialiste, s’insurgeant contre les volontés du gouvernement en matière de médecine. Elle tenait à nous apporter son soutien. 

              La culture française a cette particularité d’avoir toujours été respectée et admirée sur tous les continents car elle est à la fois inventive, curieuse, brillante, tolérante et ouverte sur le monde. Ce rayonnement universel trouve  en partie ses racines dans l’éducation latiniste et souvent helléniste que les philosophes, écrivains, et scientifiques français ont la plupart du temps reçue dans leur jeunesse. Le renoncement à cet enseignement du latin et du grec offert à tous les jeunes Français qui le souhaitent  risque à terme de ternir l’image d’une France culturelle riche, de réduire son patrimoine sémantique historique et son champ de partages culturels. Les facilités de communication humaine, base du partage des connaissances, gage de progrès et de paix, risquent de s’amenuiser avec la disparition de ces traditions d’enseignement qui sont parfois des révélations pour certains…

            Une fois l’écriture, la lecture et le calcul acquis à l’école primaire, la curiosité pour les langues anciennes doit être encouragée au collège. Ces langues, dites paradoxalement mortes, vivifient au contraire l’esprit, car leur apprentissage lui donne d’abord la logique et la  rigueur nécessaires à un fonctionnement cartésien. Il  favorise ensuite sa vivacité et  sa facilité d’adaptation en augmentant les facultés de mémorisation. Il  permet de former des cerveaux sains, polyvalents, au fonctionnement réactif,  habile, et ouvert sur de nombreux champs d’apprentissage.

            Les exercices de thèmes et  version des textes anciens enrichissent le vocabulaire, les  conjugaisons sont un jeu de mémoire et de logique. La lecture et l’analyse des textes anciens avec l’aide avisée du professeur de lettres classiques permet à l’élève de réfléchir sur l’organisation de ces civilisations, renforcer leurs connaissances historiques, poétiques et philosophiques. L’attrait pour la nouveauté et l’extraordinaire, propre à de nombreux jeunes, se trouve satisfait par la découverte d’un alphabet différent en ce qui concerne le grec, et l’assemblage et le dessin de signes différents peut se révéler comme une aventure sémantique assez jouissive. La langue russe procure également ces sensations de découverte tant prisée par les jeunes, est-il également question de l’abandonner ?

            Si je peux me raconter un tant soit peu, je dirais que j’ai vécu tout cet apprentissage du latin puis du grec comme un vrai plaisir. Je n’ai jamais considéré mon parcours de bachelière scientifique latiniste et helléniste ni comme une contrainte imposée, ni comme un passage obligé vers l’élitisme, ni comme un désir d’ascension sociale. La rigueur du latin dès la sixième m’a séduite parallèlement à celle des mathématiques plus abstraite, la découverte de la Rome antique à travers le latin m’a intéressée à l’histoire en général, la visite de sites et villes historiques, tels Alésia, Marseille, Lyon, m’a ouverte sur la géographie de notre ancienne Gaule devenue France. Arrivée en quatrième, le grec s’est imposé à moi devant l’anglais seconde langue. La rigidité administrative ne m’a pas permis de commencer l’anglais en quatrième, une seconde langue vivante semblant incompatible avec mon choix du grec tout en gardant  l’allemand première langue et le latin commencés en sixième. Heureusement, j’ai pu apprendre l’anglais à la maison grâce à ma grand-tante traductrice, l’exercice de l’anglais ne m’a pas paru difficile après avoir acquis la rigueur nécessaire grâce à ces trois langues…. Dès la seconde, il m’a fallu, pour continuer le grec, fréquenter un établissement hors de mon secteur, perdant ainsi mes amis de collège mais me forgeant de beaux mollets musclés à vélo grâce aux douze  kilomètres distants de mon nouveau lycée et de mon domicile. J’ai renoué de nouvelles belles relations avec mes condisciples latino-hellénistes qui comme moi avaient étendu leur horizon pour l’amour de ces langues mortes. Après avoir voulu devenir professeur de  lettres classiques jusqu’en seconde,  j’ai changé de cap et c’est la médecine qui m’a accueillie au sortir de la terminale, avec des notes de 16/20 en latin et grec à mon bac C qui m’ont permis de frôler la mention bien.

         Lors de mes études de médecine, je pense que mes connaissances de ces deux langues m’ont servi aussi bien dans les efforts de mémoire immenses que demandent ces études que dans le raisonnement sur le sens de la vie à mon bac C. Grâce à la maîtrise de l’étymologie à laquelle amène forcément l’étude du latin et du grec, l’apprentissage du vocabulaire propre à la sémiologie médicale ne m’a posé aucun souci. Quant à Hippocrate, le père grec des médecins depuis l’antiquité, ses préceptes de bon sens et ses réflexions sur la santé et l’hygiène sont presque tous encore  valables, comme le « primum non nocere » ! On lui doit le serment que prêtent les docteurs en médecine lors de la soutenance de leur thèse.  Les lycéens qui se destinent à la médecine après leur bac auraient tout intérêt de connaître quelques rudiments de latin et de grec.

          Pour conclure, je dirai encore que j’ai découvert  ma passion des chevaux vers la quatrième en même temps que je découvrais le grec. J’ai apprécié les leçons de Xénophon, fière d’en traduire certains fragments dans le texte original de ses traités d’équitation. Le grec a renforcé en moi cette passion,  en particulier celle du dressage. Il n’est pas impossible que ce soit en partie grâce au grec que je suis non seulement cavalière mais aussi depuis de nombreuses années juge de dressage ! Comme je l’écrivais en introduction, l’apprentissage de ces langues anciennes
ouvre l’esprit,  et le forme pour le meilleur. Abandonner pour tout élève le choix de les apprendre, c’est peut-être renoncer à lui faire découvrir un plaisir et un avenir …

A propos Jean-François Dru

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Professeur de Lettres Classiques au Collège Hoche et à l'université inter-ages de Versailles.

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