Langue du tyran, langue de la cité – L’Œdipe roi de Sophocle

« La cité, ce sont les hommes »: toute la tragédie d’Œdipe pourrait s’interpréter dans ces paroles emblématiques prêtées par Thucydide à Nicias. Œdipe menant son enquête sur la mort de Laïos n’a d’abord pas voulu comprendre que c’est dans la continuité de la parole échangée, dans les échanges qu’énonce la langue, que les hommes construisent à la fois la cité et leur propre identité.

Œdipe l’errant, le Thébain non thébain, le citoyen non-citoyen, n’offre pas au début d’Œdipe roi – ou plutôt Œdipe le tyran – l’image qu’on lui a longtemps accolée du bon roi plaçant toute son intelligence dans la recherche du salut de son peuple.

Bien plutôt, la pièce s’ouvre sur le spectacle terrifiant de l’homme qui croit, dans un délire ipséiste, maîtriser à lui seul les mots au cœur desquels gît la vérité de la cité, lui qui énonce le contraire de ce qu’il croit dire, entend le contraire de ce qu’on lui dit. Il lui faudra s’astreindre à écouter, aller à la rencontre des mots de la cité – carrefour plus fatal que celui où il tua son père – pour apprendre – dans un drama collectif entraînant le poète, le chœur et les spectateurs –, ce que parler veut dire. Si la tragédie sophocléenne est apprentissage, Œdipe roi est bien la tragédie de la langue.

A propos Thomas Frétard

Thomas Frétard
Enseignant de Lettres classiques dans l'académie d'Orléans-Tours. Doctorant rattaché au laboratoire CRISES (Centre de recherches interdisciplinaires en sciences humaines et sociales) de l'université Paul-Valéry Montpellier 3

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