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Carmona (Andalousie, ESPAGNE)

Carmona (Andalousie, ESPAGNE)

audioguides en bas de la page

 

texte : Jean-Pierre Masson pour “Arrête ton char !”

I. HISTOIRE

1°) Carmona aujourd’hui

Carmona est une ville de 28.600 habitants à 38km à l’est de Séville à proximité de l’axe Séville-Cordoue dans la province d’Andalousie. Juchée sur un tertre à 430m d’altitude qui domine la plaine centrale arrosée par le rio Corbones, Carmona est l’une des plus vieilles cités d’Andalousie. Au nord se dresse la Sierra Morena, et le pic de San Cristobal au sud.

Sur le plan économique la ville est connue pour ses activités agricoles et le commerce du vin, de l’huile d’olive, des céréales et des bovins. Une foire annuelle se tient en avril.

Carmona bénéficie d’un climat méditerranéen alternant au printemps bon ensoleillement et pluies. Les températures sont douces en hiver, élevées en été. Le niveau global de précipitations est modéré sur l’année.

 

2°) Histoire antique sommaire

La ville était d’origine carthaginoise. Après la deuxième guerre punique de 218 à 201 av J-C les Romains conquirent l’Ibérie et s’implantèrent dans la province de Corduba. Le triomphe de César sur Pompée en 45 acheva la domination romaine. La ville prit le nom de Carmo. Sous le règne d’Auguste elle se développa considérablement, constituant une forteresse importante de l’Hispanie Bétique.

Le patrimoine romain est très important puisqu’ il a laissé à la postérité une nécropole romaine de plus de 300 tombes, mausolées et crematoriums, un amphithéâtre proche de la nécropole et quelques vestiges urbains comme la Porte de Séville ultérieurement transformée lors de l’occupation musulmane.

Pour mieux appréhender la nécropole, il est important de savoir en quoi consistaient les rites funéraires des Romains. (Voir la fiche sur le sujet)

 

II. LE SITE

1°) Le Musée de la nécropole

Situé à l’entrée de la nécropole, c e fut un des premiers musées espagnols créé directement près d’un site archéologique. C’est grâce à l’initiative de Georges Bonsor, archéologue britannique, et Juan Fernandez-Lopez que le musée fut construit et inauguré en 1885 à partir de cette ville des morts découverte accidentellement en 1868 par les deux hommes.

Une salle montre les sculptures retrouvées au cours des fouilles et qui sont devenus des symboles de la nécropole tels que l’éléphant qui a donné son nom à une tombe, ou la statue délicate de Servilia qui nous procure des informations par les inscriptions sur son socle et ses finitions présentant une jeune femme au repos drapée dans un vêtement au plissement complexe.

Dans les vitrines consacrées aux rites funéraires romains, on peut observer les urnes des défunts accompagnées de leurs trousseaux : récipients en céramique, fioles à onguents ou parfums, ou des objets accompagnant le mort dans l’au-delà. L’œuvre la plus remarquable est une tête masculine du Ier siècle av J-C qui est un portrait funéraire d’un réalisme absolu, puisque leur fonction était de maintenir vivant le souvenir du défunt. La technique consistait initialement à mettre un masque de cire sur le visage du défunt afin d’honorer sa mémoire pour sa famille, puis la préférence fut donnée à la taille dans la pierre.

Au premier étage une maquette du site de la nécropole permet de bien repérer les différents mausolées du site.

Le deuxième étage offre une vue générale de Carmona et sa nécropole.

 

2°) La Nécropole :

a- Le Mausolee Circulaire :

Le premier ensemble sur la nécropole après le musée. Il s’agit de tombes collectives réservées à la famille installées dans une pièce souterraine creusée dans la roche. Ce mausolée a une entrée en forme de puits dans lequel il faut descendre en empruntant le chemin du défunt jusqu’à Hades.

L’influence carthaginoise y est présente. C’est dans ce puits qu’on débouche dans la chambre funéraire. Les murs comportent des niches pour y déposer les urnes contenant les cendres des disparus. Cette tombe est dépourvue d’une particularité fréquente : une banquette longeant un mur qui servait à déposer des offrandes. Murs et niches ont été évidés dans la roche de la colline alors que la voûte qui recouvre la tombe a été construite différemment.

 

b- L’ustrinum :

Plusieurs ustrinum se trouvent sur le chemin menant du Mausolée Circulaire à la Tombe de l’Eléphant. Ce sont des « brûleurs » ou foyers de forme quadrangulaire où l’on portait les corps apprêtés pour l’incinération. Ils sont creusés dans la roche près des lieux définitifs destinés à la sépulture. Dans cette cavité on préparait un bûcher où l’on disposait le cadavre entouré des objets précieux que le défunt avait utilisés pendant sa vie, des aliments qu’il avait appréciés et d’autres cadeaux des assistants. Ensuite, on l’appelait une dernière fois avant de mettre le feu à tout l’ensemble. Le feu est la cause de cette couleur rougeâtre de la pierre. Enfin les cendres étaient recueillies dans l’urne cinéraire que les membres de la famille la plus proche déposaient dans la tombe. A certaines occasions cet ustrinum servait de tombe. C’est pourquoi on y creusait des cavités dans lesquelles on mettait les cendres qui étaient recouvertes par la suite.

 

c- La tombe de l’Eléphant :

La plus connue du site. Toutefois sa fonction ne se limitait pas seulement à recevoir les restes des disparus, mais servait aussi de sanctuaire consacré à Attis et Cybèle. Ces divinités étaient originaires de la région de Phrygia en Asie Mineure (la Turquie actuelle). Les festivités en leur honneur avaient lieu à l’équinoxe du printemps entre le 15 et le 27 mars, date de la mort et de la résurrection d’Attis. D’autres fêtes avaient lieu 9 mois plus tard coïncidant avec le solstice d’hiver autour du 25 décembre, date où l’on fixait la naissance de Zeus. Attis avait grandi protégé par Cybèle, incarnation de la déesse-mère à laquelle en forme de récompense il promit de rester chaste et fidèle. Incapable de tenir ses promesses, Attis se castra et se suicida, mais il fut ressuscité par Zeus à la requête de Cybèle.

On comprend ainsi pourquoi les concepts de mort et de résurrection jouent un rôle si important et que cette légende soit si répandue dans toutes les nécropoles et dans les rites funéraires romains.

A Carmona on pourrait penser que ces rites étaient antérieurs à l’arrivée des Romains en raison de l’histoire de la ville. La présence carthaginoise et l’influence des cultures orientales au cours des siècles auraient facilité l’enracinement de ces croyances sur le pourtour de la Méditerranée.

Les cérémonies qui devaient avoir lieu dans ce sanctuaire sont déterminées par sa forme et son aspect. C’est le cas de l’escalier qui donne accès à un couloir intérieur organisant les différents séjours. Sur le côté gauche qui communiquait à un puits, on trouve le balneum ou bain. Il aurait pu servir aux rites d’initiation semblables au baptême au cours duquel les assistants devaient se plonger dans l’eau pour se purifier et revenir à la surface rénovés. Sur les deux côtés du couloir il y a également deux triclinium et la cuisine qui servaient à la célébration de banquets rituels. Au fond du couloir il y a une troisième salle à manger. Il s’agit d’une structure voûtée avec une ouverture dans le centre placée d’une manière stratégique afin de laisser passer les rayons du soleil pendant le solstice d’hiver. Au cours de ces rites la lumière solaire qui tombait sur les initiés leur donnerait ainsi la bénédiction. Mais avant d’entrer dans cette pièce, il y a une antichambre où on a trouvé la sculpture d’un éléphant qui a donné son nom à cet ensemble.

Les niches sont installées tout autour où on y range certainement des urnes funéraires des prêtres consacrés à ce culte. Il y a plusieurs hypothèses concernant la signification de la présence de l’éléphant dans cet ensemble. Toutes correspondent à des traits caractéristiques de cet animal : la longévité, symbole de la vie éternelle, noblesse et sagesse.

Dans d’autres pièces on a trouvé des restes de sculpture conservés au musée faisant directement référence aux divinités auxquelles cette tombe est consacrée. So état de détérioration est du essentiellement à une destruction délibérée de la part des premiers chrétiens de Carmona qui souhaitaient éliminer cet ancien culte.

 

d- La tombe de Servilia :

C’est la tombe la plus grande de la nécropole. Elle porte ce nom en raison de la sculpture féminine retrouvée à l’intérieur. Le piédestal supportant cette sculpture portait une inscription avec le nom de la famille probablement issue de l’aristocratie romaine à laquelle appartenait ce personnage. Cette tombe reproduit l’image caractéristique d’une maison romaine, et pour sa construction, on a profité d’une ancienne carrière. Il s’agit d’un mausolée familial datant du Ier siècle av J-C et qui présente un grand patio avec un portique et des restes de colonnes entourant tout le périmètre. Dans le centre de ce patio on peut voir l’impluvium , cavité creusée dans le revêtement habituel des maisons romaines pour recueillir l’eau de pluie. Sur un des côtés du patio, on peut ouvrir 3 portes qui donnent sur un couloir dont les murs étaient décorés de peintures semblables à celles visibles à l’intérieur des maisons. Ces peintures constituent un des rares exemples qui subsistent en Espagne de peintures funéraires figuratives. On peut y admirer une figure féminine qui met sur une balance les bonnes et les mauvaises actions de la personne décédée. Au niveau du centre du couloir, on trouve une pièce rectangulaire ouverte comme une niche où sont conservés les restes d’un sarcophage qui aurait pu contenir les restes de Servilia ou tout autre membre de sa famille. On constate que dans ce cas le rite choisi a été l’inhumation.

Le couloir communique avec la chambre funéraire dans laquelle ont été conservées des peintures représentant des scènes domestiques et encadrées de bandes bleues et noires. A gauche de la composition a été dessiné un chaudron sur une petite table. Au centre, la scène la mieux conservée représente une femme vêtue d’une tenue verte et carmin qui semble jouer d’un instrument. La coiffure de cette femme, un chignon bas séparé par un trait médian de face, ressemble beaucoup à certaines sculptures trouvées à Carmona. Cette ressemblance permet de dater les peintures dans les premières décennies de l’empire au début du Ier siècle av J-C lorsque ce genre de coiffure était à la mode.

On peut également observer l’image d’une autre femme baissée et portant une balance, allégorie qui représente le poids des bonnes et des mauvaises œuvres réalisées par le défunt.

Le couloir mène à une chambre funéraire dont la forme est assez curieuse. Elle est circulaire et recouverte d’une coupole soutenue par des nervures épaisses peintes en rouge. La coupole est éclairée par un oculus central ayant pour mission symbolique de faire communiquer le monde des vivants avec celui des morts.

Certains auteurs pensent que cet ensemble comprenait un étage car au dessus de cet ensemble il y avait un triclinium qui servait à célébrer des banquets rituels en honneur aux disparus. Les restes de décoration des peintures ont également été conservés sur les murs de cet espace. Sur la droite, on trouve quatre tranches verticales de couleur jaune divisant le mur en trois panneaux : celui de la droite représente deux colombes grises alors que sur les autres panneaux les restes de peinture sont plus difficiles à identifier.

Par ailleurs de l’autre côté de la porte qui communique avec la chambre funéraire, sur le mur de gauche on peut voir des franges de couleur rouge divisant en deux le fond blanc, à son tour croisé à la diagonale par des branches de couleur noire. C’est sur ces franges que sont représentées des feuilles par groupes de trois ou bien seules.

Tout au long de cet espace architectural on a peint d’autres motifs de moindre envergure où dominent des formes de fleurs et des franges rouges. C’est dans cette tombe qu’ on a retrouvé les restes les plus significatifs de la métropole conservés au musée.

 

e- Autres tombes et monuments remarquables

– La tombe des Quatre Départements à la voûte basse et aux rangées de banquettes.

– La tombe des Guirlandes actuellement fermée au public. On y voit des vestiges de peinture avec ce motif restauré récemment de même que l’ustrinum qui lui est propre à côté de la fosse d’accès.

– Le mausolée de forme Carrée et la tombe des Quatre Colonnes agrémentée d’un patio à colonnes et d’un grand oculus rond.

– La tombe de Postumius où l’on voit des niches à urnes cinéraires ainsi qu’un caveau. Cette tombe contient aussi un ustrinum, un autel et des vestiges de peinture décorative récemment restaurée.

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Audioguides pour la visite de Carmona

I. Le site archéologique

Introduction

1°) Les rites funéraires romains

2°) Le musée de Carmona

3°) Mausolée circulaire

4°) Ustrinum

5°) Tombe de l’éléphant

6°) Tombe de Servilia

II. La porte de Cordoue

1°) Introduction

2°) Histoire et description

3°) Situation et fonction

 

A propos Robert Delord

Robert Delord
Enseignant Lettres Classiques (Acad. Grenoble) Auteur - Conférencier : Antiquité et culture populaire Formateur (LCA / Lettres / Image / EMI / Pédagogie de projets / TICE et utilisation raisonnée du numérique / - Président de l'association et administrateur du site "Arrête ton char !" - Membre du comité d’organisation du Festival Européen Latin Grec

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