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Gadès / Cadix

GADES / CADIX

texte : Jean-Pierre Masson pour “Arrête ton char !”

Cadix, antérieurement appelée Gadir (forteresse) par les Phéniciens et les Carthaginois, Galeira par les Grecs, Gades par les Romains, et Qadis au temps de l’occupation musulmane, serait l’une des villes les plus anciennes de l’occident. (XIIè-XIès av. J-C)

 

I. Situation géographique & économique :

Elle se situe sur la côte atlantique proche de la Méditerranée et au carrefour entre l’Europe et l’Afrique (Maroc) dans une large baie bien abritée, facilitant l’occupation humaine depuis plus de 3000ans.

La présence d’une zone marécageuse, les alluvions transportées par les rivières (le Guadalete), les variations du niveau de la mer au cours des 10.000 dernières années et enfin les courants marins ont profondément modelé le paysage. En effet, dans l’Antiquité Gades se partageait entre une île faisant partie d’un archipel et le continent. D’où l’autre nom grec de Didyme –jumelle- pour désigner la ville. Peu à peu la partie insulaire de Gades a été reliée au continent par un cordon de sable et une accumulation de sédiments déposés par les courants marins. En revanche, les côtes exposées à l’océan subissent le phénomène de l’érosion.

Le climat peut être qualifié de méditerranéen malgré l’influence océanique, le mois le plus froid étant janvier avec 10°C, et le plus chaud août avec 28°C. La température moyenne annuelle est de 18°C.

Aujourd’hui l’ensemble environnemental protégé autour de la ville appartient au Parc Naturel de la Baie de Cadix. Au sud de l’embouchure du Guadalquivir,à environ 30km, la ville-forteresse de Cadix compte 125.000 habitants avec une population de moins de 20ans de 20,5 % du total.

Ses activités sont liées à la pêche, aux échanges commerciaux et au transport de passagers avec les Iles Canaries, l’Afrique et l’Amérique du Sud.

On y trouve également des arsenaux et des chantiers navals.

Le tourisme représente une part non négligeable de ses ressources grâce à son patrimoine naturel et historique. L’université de Cadix s’est spécialisée dans les sciences en rapport avec la mer.

 

II. Histoire :

D’après des études récentes, les zones marécageuses autour de Gadès permettaient d’extraire le sel déjà vers 4500 av J-C.

 

1°) La fondation de la cité : Phéniciens ou population de Tartessos ?

Les Phéniciens en seraient les fondateurs selon Tite Live en 1104 av J-C.

D’autres hypothèses attribuent l’origine de la ville à la civilisation de Tartessos ayant succédé à la civilisation ibère des mégalithes autour du fleuve éponyme (de nos jours le Guadalquivir) appelé Baetis par les Romains. Ces populations de Tartessos seraient peut-être d’origine berbère (en provenance du Maroc). Cependant, grâce aux relations commerciales intenses avec les Phéniciens, elles ont adopté des aspects majeurs de leur culture dans l’habitat (maisons de brique ou de pierre, les enduits à la chaux), l’artisanat (travail du métal, conserveries de poisson, céramiques tournées, filigrane et granulation en orfèvrerie), les modes funéraires (tombeaux), et l’alphabet (écritures à signes syllabiques)

Les habitants étaient des marins et des commerçants réputés (ambre, étain).

 

2°) L’implantation phénicienne :

Au VIIIè siècle av J-C les Phéniciens établirent un comptoir permanent à Gadir pour leurs débouchés. Le port exportait blé, vin et huile d’olive, saumure et poissons ainsi que des minerais d’argent, de zinc, de cuivre et de plomb extraits dans la région(Sierra Morena) et de l’étain du nord-ouest. Il importait des produits finis, notamment de la céramique.

 

3°) L’intermède grec :

Au VIIè siècle av J-C les navigateurs et marchands grecs remplacèrent les Phéniciens dans leur quête de métaux en échange de céramiques raffinées appréciées par les Gaditains enrichis.

 

4°) La prépondérance carthaginoise :

Après la bataille d’Alalia (538), les Grecs cédèrent la place aux Carthaginois en Ibérie. En 501 av J-C les Carthaginois s’emparèrent de la ville de Gadir (la forteresse). Ils introduisirent la monnaie et poursuivirent l’exploitation des ressources agricoles et minières jusqu’au IIIè siècle.

 

5°) La domination romaine :

Depuis la deuxième guerre Punique (218-201 av J-C) jusqu’en 19 av J-C les Romains conquirent intégralement l’Andalousie. Gadir fit partie de cette conquête en 206 av J-C après avoir été assiégée par Scipion l’Africain. Sous le nom de Gades la cité bénéficia du statut de civitasfoederata (cité fédérée de Rome). Son économie resta florissante et ses habitants furent exemptés du paiement de l’impôt.

En 49, ayant pris parti pour César contre Pompée, Gades reçut le titre de Colonia Julia Victrix après la victoire de ce dernier. Il accorda la citoyenneté romaine à la population totalement intégrée.

Sous l’Empire L’aristocratie et les notables étaient bien représentés. La ville ne comptait pas moins de 500 chevaliers, et au théâtre les quatorze premiers rangs leur étaient réservés. La cité prit le nom de Augusta Urbs Gaditana.

Disposant de sa propre monnaie (Hercule, son fondateur légendaire sur l’avers des pièces, thunni thons sur l’envers) la cité put se développer traditionnellement par son port, mais aussi grâce à de nouvelles voies de communication terrestres avec le reste de l’Hispanie et Rome : la Via Herculea devint ultérieurement la Via Augusta. Le fleuve Baetis assura le transport fluvial des denrées agricoles depuis Hispalis (Séville) jusqu’à Gades ensuite par voie terrestre ou par mer pour être exportées. La Bétique (ex-Hispanie ultérieure) était devenue le premier producteur d’huile d’olive de l’Empire, celle la plus appréciée des Romains. Le transport des métaux (or, argent, cuivre, fer, plomb) suivait les mêmes voies. Enfin Gades comme Baelo Claudia était célèbre pour ses ateliers de salaison de poissons et la fabrication du garum acheminé dans toutes les provinces.

Le IIè siècle marqué par des incursions maures amorça le déclin de la ville qui se prolongea au IIIè siècle. Gades retrouva la prospérité au IVè siècle et développa ses relations avec la Maurétanie Tingitane (Tingis=Tanger), grand fournisseur de l’Empire en céréales et en huile.

Au Ier siècle le christianisme se répandit dans la péninsule.

 

6°) La cité aux mains des Wisigoths :

Après avoir saccagé Rome en 410 sous la pression des Huns, les Wisigoths conquirent l’Hispanie et détruisirent la ville de Cadix au Vè siècle. Les « barbares » demeurèrent en Espagne jusqu’au VIIIè siècle.

 

7°) Qadis, ville musulmane :

En 711, sous l’impulsion du gouverneur maure d’Ifriqya Moussa Ibn Noçaïr, Tariq Ibn Zyiad débarqua à Gibraltar à la tête de 12.000 hommes, majoritairement des Berbères afin de s’emparer de l’Espagne. Il prit Algésiras et Cadix et marcha sur Séville. A la bataille du Guadalete face à la Baie de Cadix, il battit le roi wisigoth Roderic et son armée de 33.000 hommes. Ce dernier fut tué, ce qui précipita la chute du royaume wisigoth.

Les Maures reconstruisirent la ville qui prit le nom de Qadis dans la province d’el Andalus.

 

8°) La Reconquista :

Après leur défaite de Las Navas de Tolosa en 1212 (près de Jaen) face aux troupes des rois de Castille, d’Aragon et de Navarre, les Musulmans perdirent un à un les territoires et villes conquis, dont Cadix en 1261 pour se replier sur le royaume de Grenade jusqu’en 1492.

 

9°) L’essor maritime de Cadix du XVè au XVIIIè siècle, puis son déclin :

Suite à l’expédition de C. Colomb de 1492 en Amérique du Sud, la conquête du continent et le développement colonial enrichirent Cadix, principal port d’attache vers cette destination. Au XVIè siècle en 1587, le port fut le théâtre de destructions de navires par une flotte anglaise menée par Sir Francis Drake. L’Invincible Armada de Philippe II fut très affaiblie au large des côtes irlandaises en 1588. En 1596, à nouveau des navires anglais commandés par Robert Devereux, comte d’Essex, pillèrent la ville.

Après Séville où avait été créée en 1503 la Casa de Contratacion par Isabelle de Castille afin de contrôler le commerce de métaux précieux avec l’Amérique du Sud, Cadix obtint le monopole de ce commerce en 1717, ce dont profita un nombre important de négociants français et européens établis sur place.

Sous Philippe V (1714-1745), Cadix devint le premier port commercial d’Espagne.

En 1755 un tiers de la ville fut détruit par le séisme de Lisbonne, de plus le Règlement du Commerce Libre décidé par Charles III en 1778 mit fin au monopole de Cadix dans les relations commerciales avec les colonies d’Amérique, ce qui entraîna une baisse de l’activité portuaire.

Pendant la révolution française entre 1797 et 98, suite à une alliance franco-espagnole de défense mutuelle contre la Grande Bretagne, (Traité de San Ildefonso de 1796) des unités de la flotte britannique commandée par Nelson organisèrent le blocus de Cadix où se trouvaient des navires français et espagnols.

En 1805 la victoire de la flotte britannique aux ordres du contre-amiral Nelson sur la flotte franco-espagnole aux ordres de Villeneuve eut lieu au sud de Cadix face au Cap Trafalgar compromettant la volonté napoléonienne d’envahir la Grande Bretagne.

Lorsque Napoléon offrit la couronne d’Espagne à son frère Joseph en 1808, les Espagnols se révoltèrent dans une guerre d’indépendance. Siégeant d’abord à Séville, puis à Cadix en 1812 les Cortes –assemblée constituante- souhaitaient affirmer l’autodétermination espagnole en adoptant la Constitution de Cadix de type libéral sur le modèle de la Constitution française de 1791 : la séparation des pouvoirs. En représailles, Cadix fut assiégée par la flotte française. Cette constitution ne s’appliqua que 3 ans de1820 à 1823 à la suite d’une insurrection libérale menée par Riego à Cadix. L’absolutisme l’emporta à nouveau avec le règne de Ferdinand VII de 1823 à 33.

Le XIXè siècle fut marqué par une période politique instable et la perte progressive des colonies espagnoles d’Amérique jusqu’en 1898 au traité de Paris entérinant la cession de Porto Rico et Cuba à la suite de la guerre hispano-américaine. la prospérité de Cadix qui en dépendait déclina.

La première moitié du XXè siècle ne résolut pas les problèmes politiques et économiques : chute de la monarchie, avènement de la 2è république de courte durée de 1931 à 1936 ébranlée par des grèves et des troubles sociaux. Cadix, comme l’Andalousie, majoritairement hostile au Front Populaire, prit parti pour l’insurrection nationaliste de Franco dans la Guerre Civile de 1936 à 1939.

 

III. Les vestiges romains, témoins du passé prestigieux de Gades :

 

La cité était dotée d’un phare échelonné de douze corps avec un escalier extérieur. Jusqu’au XIIè siècle il existait encore un phare-tour de trois corps échelonnés, orné d’une statue d’Hercule.

Un aqueduc fournissait l’eau à la ville, se substituant ainsi aux citernes phéniciennes qui reprirent leur fonction jusqu’au XIXè siècle après la destruction de la Gades romaine.

En 1980 dans le quartier Popolo, on redécouvrit le théâtre romain, le deuxième d’Hispanie en taille (cavea de plus de 120m pouvant accueillir 20.000 spectateurs). Il fut mentionné par Cicéron et Strabon dans leurs œuvres. Lucius Cornelius Balbus, magistrat local contemporain de César fut à l’origine de la construction de cet édifice , comme de la nouvelle ville Neapolis. Abandonné au IIIè siècle, pillé au IVè siècle, il servit de fondations à une forteresse arabe, puis à des édifices médiévaux du XIIIè siècle sous Alphonse X de Castille et Leon.

 

IV. Le Musée de Cadix :

Occupant l’ancien couvent de San Francisco et un bâtiment moderne, il comporte trois parties.

A) Le fonds archéologique présente ses collections de manière didactique. A retenir particulièrement deux sarcophages phéniciens anthropomorphes de marbre blanc du Vè siècle av J-C selon des modèles égyptiens et très probablement exécutés par des artisans grecs. Une salle est consacrée aux nécropoles romaines et aux divers rites funéraires. On peut voir aussi des collections de bijoux, de vases et de lampes à huile. La statue colossale de Trajan découverte sur le site de Baelo Claudia y est exposée.

 

B) La section Beaux Arts comprend de nombreux tableaux de l’école espagnole du 17è siècle : Morales, Murillo Ribera & 9 tableaux sur bois de Zurbaran au sommet de son art, peints entre 1638 et 1639 pour la chapelle du Sacré Chœur de la chartreuse de Jerez aux contrastes parfaitement maîtrisés entre ombre et lumière.

 

C) La section ethnologique présente les marionnettes de Tia Norica et son neveu Batillo, héritage populaire de Cadix depuis le 18è siècle.

 

A propos Robert Delord

Robert Delord
Enseignant Lettres Classiques (Acad. Grenoble) Auteur - Conférencier : Antiquité et culture populaire Formateur (LCA / Lettres / Image / EMI / Pédagogie de projets / TICE et utilisation raisonnée du numérique / - Président de l'association et administrateur du site "Arrête ton char !" - Membre du comité d’organisation du Festival Européen Latin Grec

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