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Histoire des Etrusques

BREVE
HISTOIRE DES ETRUSQUES

par Jean-Claude Daumas, Historien – pour Latine Loquere

En un peu moins qu´un millénaire,
le peuple étrusque se forme, domine l´Italie péninsulaire avant
de décliner et enfin de passer sous domination romaine. La
civilisation étrusque fut la plus brillante “ et de loin “ de
l´Italie avant la période romaine.

SOURCE principale : Jean-Paul
THUILLIER, Les Etrusques “ Histoire d´un peuple, A. Colin,
2003, 240 p.

A “ UNE LENTE MATURATION : X° – VIII°
siècles

Elle coincide approximativement avec
l´âge du Fer italien, désormais daté de 950 à  750 (avant
J.-C.) : c´est l´époque Villanovienne, celle des
proto-étrusques.

X-IX ème siècles

Les Villanoviens,
qui se différencient de plus en plus des autres peuples italiques
(sous l´impulsion d´émigrés orientaux ?), continuent à
incinérer leurs morts “ comme à  l´âge du Bronze final
(XII-XIème siècles). Les vases contenant les cendres des défunts
sont enfouis dans des puits, accompagnés d´objets de la vie
quotidienne en céramique ou en bronze : par exemple rasoirs
dans les tombes masculines, fusaïoles (pour filer la laine) dans les
tombes féminines.

La société
villanovienne, qui apparaît encore égalitaire, habite de gros
villages dans les terres fertiles de Toscane, mais aussi celles de la
Campanie (région de Naples) et, au-delà  de l´Apennin, de l´Emilie
et de la Romagne : c´est là  le territoire des futurs
Etrusques.

VIIIème siècle

L´habitat se concentre en gros
bourgs sur le site des futures villes étrusques : c´est une
proto-urbanisation.

Le mobilier des tombes “ où
l´inhumation progresse aux dépens de l´incinération “ devient
plus abondant et surtout beaucoup plus luxueux, indice de naissance
d´une aristocratie. Ces tombes princières regorgent de céramiques
grecques importées à  partir de 775-750, et d´armes en bronze.

Début de la production du bucchero
nero
, la céramique spécifique des Etrusques, qui commence
bientôt à  être exportée tout comme les objets en bronze.

B “ L´APOGEE : 720 “ 475

La grande période de la puissance
étrusque correspond aux VIIème et VIème siècles, en particulier
au VIème, le « siècle d´or » de l´Etrurie qui
brille alors de mille feux par rapport au reste de l´Italie et peut
se comparer à  la Grèce elle-même.

Fin VIIIème

Passage
« officiel » à  l´Histoire, avec la rapide diffusion de
l´écrit, leg du contact avec les Grecs.

VIIème siècle

Dans le domaine politique :

– Constitution de cités-états :
Tarquinia, Véies, Caeré/Cerveteri, …

– Affirmation de l´aristocratie :
elle habite des palais (Acquarossa, Murlo) et sa puissance est
montrée par les tumuli monumentaux qui recouvrent leurs
tombes familiales.

Dans le domaine culturel, c´est la
période dite « orientalisante » (720 “ 580) :

- Importation massive de produits finis orientaux (Grèce, Chypre,
Phénicie, Asie mineure, Assyrie, Egypte) en matières précieuses.

- Arrivée d´artisans et d´artistes de ces pays ; ils
apportent leur savoir-faire et forment les autochtones. Vers 650,
arrive de Corinthe d´où il a été chassé, Démarate ( père du
futur Tarquin l´Ancien) entouré de spécialistes de la terre
cuite : ce sera la phase corinthienne de l´art étrusque. Un
art qui assimile ces nouveautés tout en gardant son génie
propre pour aboutir à  une synthèse originale.

VIème siècle

L´époque de
tous les succès et de l´apogée d´une Etrurie méridionale
« riche et sûre d´elle-même », symbolisée par les 3
(?) rois étrusques qui ont régné sur Rome de 616 à  509 :
Tarquin l´Ancien, Servius Tullius, Tarquin le Superbe.

L´Etrurie est
alors au faîte de sa puissance économique et militaire, liée à
une agriculture performante (sols drainés et/ou irrigués) et une
métallurgie active grâce aux gisements miniers locaux : fer de
l´île d´Elbe, cuivre, plomb, …Les productions étrusques (vin,
objets en céramique et en bronze) sont exportées dans toute la
Méditerranée, mais surtout en Gaule méridionale et, au delà  des
Alpes, dans le monde celtique.

Grace à  leur
alliance avec les Carthaginois “ à  Pyrgi, port de Caeré, est
édifié un temple à  Astarté pour les Phéniciens qui y résident “
les Etrusques établissent une « thalassocratie » sur la
Mer Tyrrhénienne. Les Grecs n´ont pas pu implanter de colonies au
nord de la Campanie et ils sont chassés de Corse en 540, à  l´issue
de la bataille d´Alalia (Aléria) où ils durent affronter navires
étrusques et carthaginois.

Sur terre, les
Etrusques dominent la Campanie intérieure autour de Capoue, face à
la Campanie côtière grecque autour de Cumes, ainsi que l´est de
la plaine du Pô (Etrurie padane).

Tous ces succès
montrent la valeur des marins et guerriers étrusques. Ils ont
assimilé la « révolution hoplitique » grecque (
fantassins massés se protégeant mutuellement par leurs boucliers)
qui leur donne un avantage confirmé par l´excellence de leurs
armes : casques couvrants, boucliers ronds, jambières, épées,
lances.

Apogée
artistique aussi (période dite « archaïque »)avec les
admirables fresques de Tarquinia (2ème moitié du VIème
siècle) au moment du maximum d´importation de vases grecs attiques
(Athènes) qui ont détrôné les vases corinthiens.

C “ UN DECLIN PROGRESSIF : 475 “ 265

Deux siècles marqués pour les
Etrusques par la perte de leur prépondérance en Italie et qui se
terminent par leur soumission graduelle à  la puissance montante de
Rome. Ce déclin territorial ne doit pas faire oublier que
la
prospérité agricole perdure et que les Vème et IVème siècles
restent sur le plan culturel (période dite « classique »)
toujours aussi brillante du moins en Etrurie intérieure (Arezzo,
Orvieto) : terres cuites, Chimère d´Arezzo, Mars de Todi, …

Il n´en reste pas moins que vers 475
Rome est définitivement indépendante et que les Etrusques subissent
un coup d´arrêt en 474 devant Cumes : leur flotte est en
partie détruite par celle des Grecs qui, pour fêter cette victoire
décisive, offriront au sanctuaire d´Olympie des casques étrusques
récupérés. La thalassocratie étrusque en Mer Tyrrhénienne est
terminée : Corse perdue ; raids grecs contre l´île
d´Elbe ou Pyrgi, saccagée en 384 ; chute brutale des
importations de vases attiques en Etrurie méridionale, mal compensée
par l´accroissement des échanges par l´Adriatique qui profite à
l´Etrurie intérieure et padane.

En 423, Capoue tombe aux mains des
Samnites (vainqueurs 2 ans plus tard de Cumes « la grecque ») :
c´est la fin de la Campanie, « étrusque » depuis
l´époque villanovienne.

Dans la première
moitié du IVème siècle les Gaulois s´emparent peu à  peu des
possession étrusques de la plaine du Pô qui devient vers 350 la
Gaule cisalpine.

L´Etrurie
proprement dite, cœur de du monde étrusque, est aux prises avec les
Romains dès la fin du Vème siècle. En 396, la cité la plus proche
de Rome, Véies, tombe après un siège de 10 ans. Les autres cités
étrusques seront prises une à  une, la dernière étant Volsinies en
265.

Principales
causes de la vistoire romaine :

– La puissance de
son armée, victorieuse par exemple en 295 à  Sentinum d´une
coalition de Gaulois, Etrusques, Ombriens et Samnites.

– La division des
cités étrusques (Véies n´a jamais été secourue), affaiblies
parfois aussi par des luttes internes : les aristocrates ont
même fait appel aux Romains en 302 (Orvieto) et en 265 (Volsinies).

D “ L´ETRURIE
ROMANISEE ( 265 “ 7 avant J.-C.)

Deux siècles et
demi pour une romanisation progressive des Etrusques, contrainte ou
accordée.

– Des routes stratégiques (via
Aurelia
, via Cassia, via Clodia) traversent
l´Etrurie pour faciliter son contrôle.

– Des colonies latines ou romaines
sont établies sur les terres confisquées aux cités vaincues :
en 273, par exemple, 4 000 Romains ou Latins s´installent à  Cosa
près de Vulci.

– 225 : les Etrusques aident les
Romains contre les Gaulois de la cisalpine.

– 217 : les
Etrusques restent fidèles à  Rome après la victoire écrasante
d´Hannibal au lac Trasimène au centre de l´Etrurie.

– 205 : Les Etrusques mis à
contribution pour équiper la flotte et l´armée de Scipion en
partance pour attaquer Carthage.

– 130 : l´Etrusque Marcus
Perpena est élu consul et de nombreux étrusques siègent à
Rome au Sénat : l´aristocratie étrusque “ souvent
proromaine- s‘est rapidement intégrée.

– Les cités étrusques sont parfois
victimes des guerres civiles romaines : en 82, Arezzo et
Volterra sont punies (pertes de terres et du droit de vote) par Sylla
pour avoir pris le parti de Marius ; en 42, Pérouse aux mains
des partisans d´Antoine, est détruite par Octave.

– 7 : l´Etrurie devient la
regio VII (réforme augustéenne).

Cependant, du
IIIème au Ier siècles avant J.-C. (période dite « hellénistique »)
l´artisanat et l´art étrusques gardent leur originalité, même
si les cuves de sarcophages ne montrent que des scènes tirées de la
mythologie grecque. Quant à  la langue étrusque, elle ne disparaîtra
qu´après 88, lorsque les Etrusques devenus citoyens romains auront
le latin comme langue officielle. Elle continuera à  être parlée
par des lettrés et par les haruspices dont la science divinatoire
restera prisée par les Romains pour plusieurs siècles …





A propos Robert Delord

Robert Delord
Enseignant Lettres Classiques (Acad. Grenoble) Auteur - Conférencier : Antiquité et culture populaire Formateur (LCA / Lettres / Image / EMI / Pédagogie de projets / TICE et utilisation raisonnée du numérique / - Président de l'association et administrateur du site "Arrête ton char !" - Membre du comité d’organisation du Festival Européen Latin Grec

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