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Qu’est-ce que le latin vivant ?

Le latin vivant (living latin en anglais ou latinitas viva en latin), également connu sous l’appellation “latin oral”, est une tentative de ranimer le latin comme moyen de communication contemporain oral et écrit. L’implication dans cette  renaissance du latin peut être un simple passe-temps ou s’étendre à des projets plus sérieux destinés à rétablir son ancien rôle de langue auxiliaire internationale.

Origines du latin vivant

Après une très longue période florissante, comme langue de communication et de culture, le latin fut de plus en plus concurrencé par les langues vernaculaires

Dès le début du XIXe siècle, il y eut des tentatives pour contrecarrer cette évolution et rétablir l’usage de cette langue comme langue internationale de communication.

En 1815, un livret [1] proposait le latin comme langue commune de l’Europe.

A la fin du XIXe siècle, des périodiques en latin  recommandaient de rétablir l’usage du latin comme langue internationale[2].

Cette publication fut suivie par la revue Vox Urbis : de litteris et bonis artibus commentarius[3], à partir de 1898, deux fois par mois, jusqu’en 1913.

Le début du XXe siècle, marqué par les guerres et par de très importantes évolutions sociales et technologiques, marque la poursuite du déclin malgré ces quelques fervents défenseurs de la langue latine (ex. nombre de thèses en latin réduites puis abandonnées en France).

Cependant, alors que l’Europe se construit après la 2nde guerre mondiale, le latin reprit quelques forces.

Un de ses principaux promoteurs fut un ancien doyen de l’Université de Nancy, le Professeur Jean Capelle, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, major de l’agrégation de mathématiques (1933), titulaire d’un doctorat sur la théorie des engrenages (1938) et homme politique. Il publia en 1952 un article majeur dont le titre était “Le latin ou Babel[4], dans lequel il proposa le latin comme langue internationale parlée.

Jean Capelle devint “l’âme du mouvement” quand le 1er congrès international pour le Latin vivant se déroula en 1956 à Avignon. Environ 200 participants originaires de 22 pays différents y prirent part.

Le Congrès du latin vivant à Avignon (Budé)

Ce Congrès avait des objectifs très concrets, organisés autour de quatre thèmes principaux:

Le Professeur Jean Bayet, Directeur de l’Ecole française de Rome s’était chargé de préparer un abrégé de grammaire classique qui devait permettre d’écrire en latin simplement, mais clairement et sans trahir la norme classique.

Le Docteur Enich Burck, Professeur à l’Université de Kick et président du Deutschen Alt Philologen Vechanden, avait exposé les raisons de généraliser l’emploi de la prononciation restituée du latin. Celle-ci, en effet, a pu être reconstituée par plus d’un siècle de recherches philologiques.

Le professeur Guerino Pacitti, Directeur de l’Ufficino latino de l’instituto di studi Romani, avait énoncé les règles à respecter dans la création de néologismes.

Le Docteur Goodwinn B. Beach, Professeur au Trinity College de Hartford aux Etats-Unis avait choisi de montrer pourquoi et comment la pédagogie du latin devait être sortie de sa sclérose et adopter les méthodes en usage pour les langues modernes.

À une époque où l’indispensable usage de l’anglais commençait à s’imposer de plus en plus dans le monde, cette initiative, a paru anachronique.

Le Congrès d’Avignon n’a pas atteint son but, mais il a néanmoins donné un nouvel élan au latin vivant.

Ainsi, diverses revues latines, dont la revue Vita Latina – revue trimestrielle qui paraît à partir de 1957 – ont commencé à voir le jour.

En 1966 parait pour la 1ère fois la méthode Assimil Lingua latina sine molestia du français Clément Desessard. Ce dernier fut également en 1986 à l’origine de la création de l’association Feriae Latinae Ferigolentenses qui propose une semaine d’immersion en latin chaque année près d’Avignon.

L’explosion d’internet à partir des années 1990 a rompu l’isolement des acteurs du latin vivant en facilitant les contacts fréquents et en favorisant également la création de sites web divers, variés et créatifs. C’est toute cette diversité que nous allons vous faire découvrir sur notre site.

Objectifs du latin vivant

Les utilisateurs du latin contemporain forment le “mouvement pour le latin vivant”.

Deux objectifs principaux peuvent être distingués : l’accès aux textes littéraires ou la communication contemporaine. Dans le premier cas le latin vivant est un moyen, dans le second il est davantage une finalité.

L’accès aux textes littéraires

Parmi les partisans du « latin vivant », certains soutiennent depuis au moins le début du XXe siècle l’usage actif de la langue pour rendre l’apprentissage du latin plus agréable et plus efficace, s’inspirant à cet égard des méthodes d’enseignement des langues modernes. L’objectif étant ainsi de parvenir à la lecture cursive des textes.

Il est à noter que lors du colloque langues et civilisations de l’Antiquité du 11 octobre 2013 – journée de formation qui s’est déroulée au Lycée Louis le Grand sous l’égide de l’Inspection générale- un changement majeur dans la manière d’envisager l’enseignement du latin semble s’être produit par la reconnaissance de la valeur de ces méthodes.

La communication contemporaine

D’autres soutiennent le renouveau du latin comme langue internationale de communication, dans les sphères académiques et peut-être également scientifiques et diplomatiques (comme c’était le cas en Europe et dans les colonies européennes pendant tout le moyen âge et jusqu’à la moitié du XVIIIe siècle), ou encore comme langue internationale auxiliaire qui pourrait être utilisée par tous.

Cependant, le latin n’étant la langue maternelle de personne, ce mouvement n’a reçu aucun support de la part de gouvernements (à l’exception peut-être de la Finlande) ou d’instances internationales.

Le latin reste malgré tout une langue parlée dans certains cercles internationaux et de nombreux blogs et sites web fleurissent en latin. Ainsi peut-on lire des articles de Vicipaedia ou bien twitter en latin…


[1] Miguel Olmo, Otia Villaudricensia ad octo magnos principes qui Vindobonæ anno MDCCCXV pacem orbis sanxerunt, de lingua Latina et civitate Latina fundanda liber singularis (Le loisir de Villaudric à l’attention des huit grands princes qui ont signé la paix mondiale à Vienne en 1815, un livre au sujet de la langue latine et de la fondation d’un Etat latin).

[2] Karl Heinrich Ulirichs, Alaudæ

[3] Vox Urbis : de litteris et bonis artibus commentarius, revue publiée par l’architecte et ingénieur italien Aristide Leonori.

[4] Jean Capelle, Le latin ou Babel, dans : Bulletin de l’Éducation Nationale, Paris, 23 octobre 1952.

 


[i]

 

A propos Elen Buzaré

Elen Buzaré
Elen Buzaré est actuellement chargée de comptes entreprises dans un cabinet de courtage d'assurance à Lyon et spécialisée en responsabilité civile. Elle apprend le latin en autodidacte avec la méthode Lingua Latina per se Illustrata (LLPSI) de Hans Orberg et l'appui d' étudiants de l'ENS Lyon. Elle a créé un groupe de discussion Yahoo qui a pour objectif de mieux faire connaitre cette méthode: http://fr.groups.yahoo.com/neo/groups/methode-orberg/info

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