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Compte-rendu d’expérience – Pourquoi enseigner le latin comme une langue vivante ?

Notre pratique de l’enseignement du latin comme une langue vivante est née du constat suivant : dans nos classes, il nous était relativement simple de transmettre à nos élèves, très demandeurs, la culture antique, mais beaucoup plus complexe de leur enseigner la langue.

Comment remettre la langue au cœur de notre enseignement ? Nous nous heurtions à certaines difficultés récurrentes et cherchions des solutions :

–          comment fixer l’apprentissage du vocabulaire et de la grammaire ?

–          comment permettre aux élèves d’investir au service de la traduction les faits de langue que nous leur enseignions ?

–          comment surtout leur transmettre l’autonomie nécessaire au plaisir de la traduction, exercice capital face auquel, bien souvent, les élèves se trouvent démunis et par conséquent hostiles ?

Pour remédier à ces difficultés, il fallait mettre en place une approche différente de la langue, et de la lecture des textes.

1. Objectifs

La pratique du latin comme une langue vivante vise plusieurs objectifs :

– Redonner à la langue latine sa dimension orale, la rendre ainsi vivante, dynamique et attractive.

– Générer la participation et la mobilisation des élèves.

– Favoriser l’assimilation de mots, de tournures, d’exemples grammaticaux qui structurent la langue latine.

– Assurer le maintien durable de ces connaissances.

– Faire acquérir, par voie de conséquence, de meilleures compétences de lecture des textes latins, et développer le plaisir de fréquenter ces textes.

– Réconcilier les élèves avec l’exercice de traduction.

2. Lien avec les programmes

Notre pratique veut avant tout remettre au cœur de notre enseignement la lecture et la traduction des textes latins, objectifs présentés comme fondamentaux dans les programmes officiels de 2009, page 2 : « savoir lire et comprendre un texte, c’est-à-dire élaborer du sens de façon progressivement autonome. Dépassant le simple déchiffrage mot à mot, la recherche d’un sens dans un texte latin met en jeu des compétences et des connaissances multiples et combinées : la maîtrise d’un vocabulaire fréquentiel et d’une grammaire fonctionnelle, la compréhension du système de la langue. […] La traduction est une activité fondamentale du cours de latin. Traduire doit être une expérience de découverte des plus souples, une activité qui doit dès ses débuts être dédramatisée. ».

3. Niveaux de classe et cycle à privilégier

Cette approche concerne tous les niveaux de classe.

4. Présentation de l’action

Au service de l’objectif défini précédemment, elle revêt différentes formes.

a– Communiquer en latin pour se familiariser avec la langue

Pour familiariser les élèves avec la langue latine, son vocabulaire, sa syntaxe, sa musicalité, les formules employées de façon récurrente par le professeur (consignes, questions…) sont toujours prononcées en latin. Les élèves sont encouragés à répondre en latin.

Le vocabulaire et les faits de langue, ainsi abordés de façon intuitive et répétée en situation active de communication, sont mémorisés plus facilement. Leur explication formelle est simplifiée. Ces outils sont ensuite réinvestis plus naturellement au service de la lecture des textes.

b-Entrer dans les textes en latin pour mieux les traduire

Pour entrer dans les textes narratifs, un questionnement simple est fait en latin : les élèves sont invités à repérer qui sont les personnages, où se déroule la scène, quand, pourquoi et comment. Rapidement, les principaux mots interrogatifs latins sont maîtrisés, les questions comprises. L’élève circule dès lors volontiers dans le texte latin et en reprend avec plaisir les mots pour répondre aux questions. Ce travail peut être mené à l’oral ou à l’écrit.

Il s’agit de familiariser les élèves avec le vocabulaire et les structures syntaxiques du passage étudié, de favoriser les repérages, de construire le sens global du texte et d’éviter ainsi le morcellement. En somme, de préparer l’exercice de traduction ainsi dédramatisé.

c– Ecouter et dire le latin pour mieux le comprendre

En ce qui concerne les textes latins créés pour être dits, les élèves sont invités à en construire le sens en commençant par les écouter : dans ces textes, la musicalité de la langue, les effets sonores et rythmiques ménagés par l’auteur sont fondamentaux car ils sont porteurs de sens. En les écoutant, plutôt qu’en les lisant silencieusement, les élèves accèdent plus aisément à leur sens.

L’exercice de traduction qui suit se révèle plus détendu, plus inspiré ; un travail de traduction au sens littéraire du terme, peut être mené, si l’on invite les élèves à reproduire dans le texte français les effets sonores perçus à l’écoute des textes latins.

Les textes ainsi travaillés sont appris par cœur par les élèves, souvent avec une relative facilité, et déclamés. Les connaissances sont fixées.

 d– Ecrire en latin pour réinvestir et fixer ses apprentissages

Suite à la lecture des textes, les élèves sont systématiquement invités à écrire en latin. Ce travail peut prendre différentes formes : rédiger un résumé simple, concevoir un court texte d’imitation par exemple.

Cette pratique d’écriture a pour objectif de réinvestir et fixer le vocabulaire et les faits de langue abordés dans les textes.

Elle est très valorisante pour les élèves qui prennent plaisir à s’exprimer en latin en reprenant les mots et structures des textes étudiés. Bien souvent, les élèves eux-mêmes réclament l’explication de certains faits de langue pour pouvoir exprimer leur pensée. Un bon moyen finalement de leur faire pratiquer l’exercice de thème d’imitation… dans la bonne humeur.

L’enseignement de l’histoire des arts se fait dans le même esprit. Ces temps consacrés à l’acquisition de connaissances artistiques et culturelles sont souvent menés de façon cloisonnée, sans lien avec la langue latine. Pourquoi ne pas demander aux élèves de décrire les documents en latin ?

On donne aux élèves une fiche qui contient les formulations les plus courantes pour ce genre d’exercice, on joint si nécessaire une liste de vocabulaire complémentaire et on propose de commenter l’œuvre en lien avec le passage étudié.

Des séquences pédagogiques, des cours, des exemples d’activités, des productions d’élèves mis en ligne sur le site illustrent ces pratiques.

A propos Nathalie Blanc-Kowalski

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Enseignante de Lettres Classiques au collège Oeben (Paris XII) - Membre du collectif "Arrête ton char !" - Membre du GIPTIC Paris - Webmaster du site tic-et-nunc.com

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