J’utilise, avec mes élèves de collège, la méthode ørberg, qui consiste à enseigner les cas un par un (dans l’ordre nominatif, génitif, accusatif, vocatif, ablatif, datif) mais sur les trois premières déclinaisons simultanément. Il ne m’a jamais semblé possible, en effet, de présenter un tableau de déclinaison entier à mes élèves de cinquième, qui n’ont pas encore automatisé l’identification du COD, du COI, ou de l’attribut du sujet. La méthode ørberg permet de revenir sur chaque cas un par un et d’expliquer son fonctionnement en contexte, en fournissant les notions de grammaire française correspondantes si besoin, mais aussi en les ignorant si cela est plus profitable. En cinquième, le génitif peut ainsi être décrit comme le cas de la possession, sans référence au Complément du Nom qui peut ne pas avoir été vu en sixième (sur le modèle de la pédagogie des langues vivantes, qui n’utilisent plus le terme de « genitive » (pour l’anglais) en collège).
Le datif est généralement le grand oublié de cette méthode, comme il arrive en fin de liste. Cette année, inspirée par les ateliers de S. Fourreau-Zioui sur les inscriptions et de J. Gigaux et S. Huet sur les graffitis, lors de la journée de formation interacadémique du 4 juin 2025 « En bon Grec/ En bon Latin : les normes linguistiques et les jugements portés sur la langue », j’ai décidé de travailler sur les inscriptions avec mes deux groupes de latinistes (5ème d’un côté, 4ème-3ème de l’autre), et j’ai réalisé au cours de mes recherches que la structure formulaïque des épitaphes permettait une première approche efficace et enthousiasmante du datif.
En effet, certaines épitaphes, comme celle ci-contre, correspondent au format suivant :
– le nom de la personne enterrée au datif ;
– le nom du commanditaire de la tombe au nominatif ;
– le verbe fecit, pour fecit sepulchrum, ou faciendum curavit, « a fait construire le tombeau », toujours abrégé et parfois omis.
Une telle inscription peut être aisément déchiffrée par des élèves, car le vocabulaire est réduit. En revanche, l’élève doit savoir distinguer le datif du nominatif, sans quoi il ou elle se trompe immanquablement.
Pour mener à bien cet apprentissage, je propose une séquence pensée pour des élèves de cinquième ; elle correspondait à mon deuxième chapitre de l’année, après celui sur la famille.
Niveau :
Élèves de collège (cinquième ou quatrième, s’ils n’ont pas vu le datif en cinquième)
Prérequis :
– la connaissance du nominatif et du génitif ;
– la connaissance du vocabulaire de la famille en latin (a minima frater, uxor, filia, filius, soror, pater) ;
– le fonctionnement des tria nomina.
Objectifs :
– poursuivre l’apprentissage de la flexion ;
– permettre une première approche du datif (singulier)
– donner des premières notions d’épigraphie (scriptio continua, écriture en majuscule, points pour séparer les mots, abréviations, etc.)
La première séance du chapitre consiste à présenter une inscription particulièrement bien réalisée aux élèves (le frontispice des Thermes de Crassus à Pompéi, dont l’inscription est d’excellente facture et le texte presque transparent) et à leur demander d’identifier les traits saillants de l’écriture monumentale sur pierre latine : scriptio continua, écriture en majuscule, usage de points médians pour séparer les mots, usages d’abréviations.
La deuxième séance leur présente la notion d’épitaphe et son fonctionnement grammatical, ainsi que le datif. Elle est approchée par le déchiffrement d’une première épitaphe (avant la leçon) puis par sa traduction (après la leçon et des exercices).
La séance 3 est facultative : elle porte sur les chiffres romains, qui peuvent se révéler utiles lorsque les épitaphes mentionnent l’âge du défunt.
Enfin, la séance 4 consiste à leur demander de créer une épitaphe « à la romaine » sur canva, en respectant les codes de l’épigraphie romaine. Le personnage enterré est laissé à leur choix, pour peu qu’il ou elle soit un personnage historique dont le nom est connu.
J’ajoute également une séance bonus qui peut enrichir le chapitre lorsqu’elle est pratiquée avec les élèves de quatrième et de troisième.
Enfin, comme la recherche d’épitaphes qui correspondent à la formule incluant le datif, qui sont lisibles par des élèves, et qui sont disponibles en photographie de bonne qualité est parfois laborieuse, je propose un fichier recueillant les meilleurs épitaphes que j’ai trouvées, avec leurs références et des notes pédagogiques – il permettra, je l’espère, aux collègues de gagner du temps.

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