L’Odyssée de Christopher Nolan ou l’impossible philoxénie du monde moderne – R. Delord
dernière mise à jour : mercredi 22 juillet à 15h29
Le samedi 7 février 2026, lors de la table ronde “Mettre en images l’Antiquité au XXIe s.”, organisée à l’occasion du 8e Festival des Langues Classiques de Versailles, 5 mois avant la sortie du film en salle, j’évoquais déjà la récupération du casting de l’Odyssée de Nolan par la fachosphère internationale.
Depuis la sortie du film, il y a moins d’une semaine, le déferlement de haine n’a fait que s’amplifier pour atteindre un niveau jamais atteint, à ma connaissance, au sujet d’un péplum ou d’un epic movie. À titre de comparaison, le film Gladiator II de Ridley Scott, sur lequel certains fondaient beaucoup (trop) d’espoir pour ouvrir le 4e âge d’or du péplum (1), s’est révélé une véritable catastrophe à tous les niveaux, mais n’a pas suscité le dixième des débats en cours aujourd’hui.
Ce déchaînement de passions sur les réseaux (même chez des personnes n’ayant ni vu le film de Nolan, ni lu l’Odyssée d’Homère) tient certainement à une raison qui est la réponse même à la principale polémique entourant le film : l’Odyssée s’est, depuis longtemps déjà, hissée au niveau de mythe universel, dépassant largement les limites du bassin méditerranéen où il a été forgé. Cela donnerait un commencement d’explication à la véhémence des commentaires acerbes ou élogieux concernant l’adaptation du poème épique d’Homère devenu patrimoine mondial de l’Humanité, ce qui explique que tout le monde ait son mot à dire sur le dernier Nolan.
Deuxième raison que l’on peut évoquer aux débats enflammés et souvent irraisonnés entre les détracteurs et les défenseurs de cette énième ré-interprétation de l’Odyssée, l’identité de son auteur, Christopher Nolan, réalisateur de génie pour les uns, réalisateur hermétique pour les autres, mais réalisateur de blockbusters intellectuels clivant qui ne laisse personne insensible.
J’aimerais apporter ici mon point de vue de lecteur d’Homère, mais aussi de connaisseur du genre du péplum sur lequel j’ai eu l’occasion d’écrire quelques articles et de donner plusieurs conférences. Bien qu’ayant assuré plusieurs formations sur le cinéma, je ne prétends pas, ici, me livrer à une analyse exhaustive du film, mais seulement revenir sur certains aspects du film les plus sujets à polémique ces derniers jours.
Pour l’évacuer au plus vite, du fait de son ignominie, j’aimerais aborder la principale polémique qui s’est fait jour déjà plusieurs mois avant la sortie du film : le casting réalisé par Christopher Nolan. Tout le casting ? Non, la polémique s’est très rapidement et très férocement cristallisée autour d’une actrice, Lupita Nyong’o. En effet, dès que son nom a fuité, les réseaux se sont mis à bruisser pour essayer de savoir quel rôle la talentueuse actrice, Oscar du meilleur second rôle de Twelve Years a Slave, allait bien pouvoir interpréter dans l’Odyssée. Et à partir du moment où l’on a appris qu’elle allait jouer le rôle d’Hélène et jusqu’à aujourd’hui, la meute, le plus souvent anonyme, des réseaux sociaux du monde entier s’est déchaînée. “Hélène de Détroit », « Hélène du 9.3 », « Fatoumata de Troie », et autres comparaisons animalières que je me refuse à republier ici : tout y est passé.

Comme je l’ai dénoncé dès le début de l’année 2026, un véritable raid numérique contre Lupita Nyong’o a été organisé par des groupes racistes qui ont largement diffusé en ligne (principalement sur Facebook et X) des visuels tels que celui ci-dessus, réalisé à l’aide de l’IA générative, car il s’agit d’un montage IA qui s’appuie sur une photographie tirée du film Twelve Years a Slave dans lequel l’actrice n’est évidemment pas à son avantage. En effet, dans ce film, elle incarne une esclave battue et violée à de multiples reprises et non la reine de Sparte désignée comme la plus belle femme du monde. L’utilisation de l’IA pour ce genre de pratiques illustre bien, à mon sens, la montée du techno-fascisme auquel je consacrerai peut-être un autre article plus développé. (8)

Que des esprits limités, sans éducation ni culture, s’adonnent en toute impunité à ce type d’humour raciste est déjà intolérable. Malheureusement, on retrouve aussi chez certains internautes plus cultivés, spécialistes parfois auto-proclamés de l’Antiquité grecque, des remarques du même tonneau : “Désolé si je préfère Diane Krüger dans ce rôle”, en référence à l’actrice allemande blonde aux yeux bleus, interprète d’Hélène dans le film Troy de Wolfgang Petersen en 2004 (à gauche sur l’image ci-dessus). Le même poursuit : “j’ai tendance à penser que les populations européennes et anatoliennes de cette époque étaient plus proches de nous physiquement que de celles du Gabon”, confondant volontairement le Kénya d’où est originaire l’actrice et le Gabon, a priori classique du discours raciste selon lequel tous les noirs se ressemblent.
D’autres, mettant en avant leur souci de la réalité historique (pour un personnage mythologique issu d’un oeuf résultant de l’union zoophile de la reine de Sparte, Léda, et de Zeus métamorphosé en cygne pour la séduire !) et se présentant en “puristes du texte d’Homère”, avancent des arguments au mieux bancals, au pire fallacieux. Le premier : “les puristes du texte lui-même… savent que sa chevelure est blonde”. Malheureusement, non seulement l’adjectif ξανθή est loin de se réduire à la traditionnelle traduction « blonde » qu’on nous sert depuis le XIXe s., puisqu’il peut aussi bien désigner des cheveux châtains clair, roux, ou même simplement dorés par le soleil, et se traduit parfois par “verdâtre”, mais en plus jamais Homère n’utilise cet adjectif pour désigner Hélène (2) ! Le second : l’épithète “aux bras blancs”, λευκώλενος, effectivement utilisé pour désigner Hélène, mais qui, d’après certains spécialistes d’Homère, n’est pas forcément à prendre dans son sens littéral, puisque “aux coudes blancs” (de ὠλένη, “le coude”) pourrait aussi simplement renvoyer au statut social d’une personne dont les bras ne sont pas bronzés parce qu’elle n’a pas à utiliser ses mains et travailler dehors.

D’autres, inversant le concept d’appropriation culturelle, invente même, pour désigner le fait inacceptable que l’actrice black Lupita Nyong’o incarne Hélène, celui “d’expropriation culturelle” ! Ces gens-là savent-ils qu’en 1997, l’actrice afro-américaine Vanessa Lynn Williams a incarné une Calypso des plus envoutantes dans l’Odyssée d’Andrei Konchalovsky sans que personne ne trouve à y redire. Savent-ils qu’en 1959 déjà, le film Orfeu negro, dans lequel Orphée était interprété par un acteur et footballeur brésilien, a reçu la Palme d’or à Cannes et l’Oscar puis le Golden Globe du meilleur film aux Etats-Unis sans déclencher d’esclandres ? Ces gens s’indignent-ils à la vue d’une Andromède éthiopienne blanche dans les tableaux de Véronèse, Titien, Carrache, Cesari, Doré, Rembrandt et de dizaines d’autres peintres représentant l’épisode mythologique de Persée sauvant Andromède ? Les descriptions de la très belle Andromède par Ovide sont pourtant indiscutables (4) : Andromède est une belle princesse noire, mais cela était inconcevable pour le public de l’époque. Les mentalités n’ont-elles donc pas évolué depuis la Renaissance italienne ? Ces gens arrivent-ils à dormir en sachant que le juif le plus célèbre de Palestine est la plupart du temps représenté avec un profil caucasien aux yeux bleus et aux longs cheveux blonds ?
Un autre argument revient souvent dans la « rhétorique » raciste opposée au choix d’une actrice noire pour incarner un personnage mythologique grec : « oui, si un réalisateur tournait un film sur le continent africain en remplaçant les personnages africains par des blancs, tout le monde dirait que le casting est ridicule », sous-entendant que cela n’est jamais arrivé…

… et pourtant ! Et pourtant, il suffit de jeter un oeil au casting du film à gros budget (140 millions de dollars tout de même), Gods of Egypt, d’Alex Proyas en 2016. Sur les 14 dieux présents dans le film, le seul acteur non-blanc du panthéon égyptien est le regretté Chadwick Boseman, et pourtant ce casting n’a soulevé aucun déferlement de haine anti-blanc. Idem pour le film Exodus : gods and kings (2014), blockbuster au budget pharaonique (140 à 200 millions de dollars) d’un réalisateur confidentiel répondant au nom de Ridley Scott. Sur la vingtaine d’acteurs principaux du film, parmi lesquels Christian Bale (Moïse), Joel Edgerton (Ramsès), Aaron Paul (Josué) ou encore Sigourney Weaver (mère de Ramsès), pas un seul acteur originaire du continent africain. En prenant du recul, par rapport à leur film, les deux réalisateurs avaient tout de même jugé bon de faire leur mea culpa quant au manque de diversité des castings de leur film. Ouf, du coup, on est bon !

Attendre de l’Odyssée de Nolan une représentation documentaire de l’âge de bronze grec alors qu’il traite d’un mythe et qu’il a lui-même indiqué dès le départ que son film n’avait aucune ambition historique ou documentaire me paraît être un argument de mauvaise foi. Cette indignation est d’autant plus ridicule que l’actrice apparaît tout au plus 2 à 3 minutes à l’écran, soit moins de 2% de la durée totale du film (2h52). Étonnamment, on n’a entendu quasiment aucune protestation sur le reste du casting : un aède noir américain, un Euryloque indien, un Elpénor mi-britannique, mi-koweitien, un Eumée colombien, un Anchilaos coréen (un peu chahuté sur les réseaux tout de même), et un Ulysse aux origines écossaises, finlandaises et suédoises, personnages tous beaucoup plus présents à l’écran du début la fin du film.
Étrangement (ou pas !), c’est le canadien Elliot Page, incarnant l’espion grec Sinon, qui, après Lupita Nyong’o, est le plus attaqué sur son physique en raison de son petit gabarit mais aussi, au vu des montages publiés sur les réseaux, de son coming out trans et non binaire qui remonte à 6 ans déjà.

Aux discriminations transphobes, s’ajoutent également les propos masculinistes de certains qui visiblement confondent Achille et Télémaque. Il faudra dire à ceux-là que d’après l’Achilléide du poète romain Stace, leur parangon de virilité avait certainement des penchants trans puisqu’il lui arrivait parfois de se déguiser en fille (Achille à Skýros). En revanche, les mascus fans d’Achille – Brad Pitt ne me semblent pas encore assez solides pour être informés de la véritable nature des relations qui unissaient le héros grec à son cousin Patrocle…

Et si Nolan, en choisissant Lupita Nyong’o, révélation du film Twelve Years a Slave, dont il a fait balafrer le visage pour interpréter Hélène et sa soeur Clytemnestre, avait voulu symboliser la terrible condition de la femme grecque de la mythologie toujours soumises aux hommes, qu’ils soient pères, maris, dieux ou héros ? En effet, si l’on reprend le mythe, Hélène a d’abord été offerte par son père putatif, Tyndare, au plus riche de ses prétendants, Ménélas. Hélène est ensuite, bien malgré elle, la récompense offerte par Aphrodite au troyen Pâris pour obtenir la fameuse pomme de discorde. Hélène devient ainsi l’enjeu de la guerre que les Grecs vont déclarer à la ville de Troie pour laquelle ils ne pourront partir qu’après le sacrifice de sa nièce Iphigénie, finalement vengée par sa mère Clytemnestre qui tuera son mari Agamemnon dès son retour de la guerre, illustrant ainsi la vanité des hommes et de la guerre.
Jamais un choix de casting, pas même celui de John Wayne pour incarner Genghis Khan en 1956 dans le film Le conquérant de Dick Powell, n’avait suscité une telle violence. Cette violence est non seulement amplifiée par les réseaux sociaux, mais également attisée par les personnalités médiatiques qui souhaitent récupérer ce badbuzz à des fins idéologiques peu avouables. On notera par exemple, en France, l’éditorialiste Eric Naulleau qui enfourche allègrement son cheval de bataille contre le wokisme. On peut également relever les propos d’Elon Musk qui considère que la présence de l’actrice kényane au casting du film est “une insulte pour les Grecs” et que Christopher Nolan est “un raciste anti-blanc” qui “pisse sur la tombe d’Homère”. Si c’est le fils d’un afrikaner capable de faire un salut nazi lors du meeting d’inauguration du dernier président américain qui vous le dit… Nous voici donc entrés dans l’ère du techno-fascime où les technologies détenues par les milliardaires de la tech (IA, réseaux sociaux) vous permettent de produire et diffuser rapidement et massivement des contenus racistes et haineux en toute décontraction et sans risque d’aucune poursuite.

Ultime preuve de l’orientation idéologique et politique des détracteurs de l’adaptation de Nolan : après avoir annoncé la sortie, d’ici la fin de l’année 2026, d’une adaptation de l’Odyssée fidèle au texte d’hombre, le milliardaire Elon Musk a annoncé être prêt à financer, sur ses fonds propres, l’acteur et réalisateur américain ultraconservateur, Mel Gibson, à hauteur de 100 millions de dollars pour réaliser une adaptation fidèle de l’Odyssée. Une sortie assez cocasse quand on sait que Mel Gibson a été le réalisateur et producteur du film La Passion du Christ en 2004, film épinglé par la critique internationale pour ses relents antisémites et le non respecte des réalités historiques…


Quoi qu’il en soit, l’intensité et la violence des commentaires, jamais atteintes jusqu’à ce jour, concernant le choix d’une actrice d’origine africaine ne peuvent se justifier par la seule opposition d’une partie des spectateurs (certains n’ont même pas vu le film et n’iront pas le voir pour cette seule raison) à des choix artistiques, mais reposent visiblement sur un changement de climat social et politique, une montée en puissance des nationalismes, qui déshinibent totalement certains et libèrent une parole raciste totalement décomplexée seulement capable de crier au wokisme (5) face aux choix opérés par un réalisateur reconnu. Une peur de la différence, de l’étranger si grande : une xénophobie incapable de φιλοξενία.

(5)
(SPOILER) Pour en terminer avec la polémique autour de Lupita Nyong’o, j’aimerais vous soumettre l’hypothèse qui est la mienne concernant les cicatrices du visage d’Hélène et les étranges motifs que l’on peut voir sur ses bras qui n’ont cessé de m’obséder depuis le visionnage du film (malheureusement je n’ai pas réussi à trouver une seule capture de ces motifs sur Internet : si quelqu’un dispose d’une image, je suis évidemment preneur). En effet, quand on arrive dans le palais de Ménélas et que l’on découvre Hélène, on est immédiatement saisi par les cicatrices qui balafrent le côté gauche de son visage. On peut évidemment y voir les traces des violences exercées par Ménélas sur son épouse infidèle, ce qui serait en accord avec l’idéologie féministe défendue dans tout le film par Christopher Nolan au grand dam de certains.
Mais ce qui m’a le plus intrigué, ce sont les motifs que porte Hélène sur ses bras ou sur ses manches sombres, car il est difficile de le distinguer dans la pénombre de la scène, et qui semblent être un prolongement des cicatrices de son visage. Ainsi, on peut voir des sortes de marbrures dorées courir tout le long de ses bras qui, après coup, m’ont fait penser aux motifs de la technique japonaise du kintsugi (金継ぎ?, « jointure en or ») qui consiste en une réparation très soignée des objets à l’aide d’une résine dorée à la poudre d’or qui prend en compte l’histoire de l’objet et les accidents qu’il a pu subir et en même temps témoigne de son passé. Hélène serait donc représentée par Nolan comme un objet cassé par son propriétaire puis réparé soigneusement afin qu’il puisse être réutilisé et qu’il garde les traces de cette réparation dans sa chair même. Je laisse le lecteur seul juge de la vraisemblance de cette hypothèse qui me séduit assez. J’avais d’ailleurs déjà évoqué le kintsugi, ici-même, au sujet de la série télé Ahsoka de Dave Filoni dans la franchise Star Wars : https://www.arretetonchar.fr/ahsoka-star-wars-et-lantiquite/

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Une fois évacuée cette controverse malsaine qui, dans un monde idéal, n’aurait jamais vu le jour, j’aimerais proposer mon humble avis sur les qualités et défauts cinématographiques du film de Nolan en essayant de le replacer un peu dans l’histoire du genre du péplum et en le mettant en parallèle avec d’autres productions du même genre.
Mais avant de commencer, j’aimerais balayer du revers de la main une accusation portée contre le réalisateur, Christopher Nolan. D’après certains haters, Nolan n’aurait jamais lu l’Odyssée d’Homère, ce qui expliquerait, selon eux, les écarts entre le poème épique et son adaptation par Nolan. Faux ! Christopher Nolan a étudié les lettres à l’University College de Londres et s’est passionné très tôt pour l’épopée homérique et sa narration, comme en témoignent plusieurs interviews pour la télé, la presse et les réseaux.
***** Attention, la suite du texte contient de nombreux spoilers : si vous n’avez pas encore vu le film et que vous souhaitez le faire, passez votre chemin et revenez après la séance. *****
Réalité historique et archéologique
À toutes celles et tous ceux, historiens, archéologues ou simples passionnés, qui s’arrachent les cheveux au sujet du respect de l’architecture des bâtiments, du type d’armes, de casques ou d’armures utilisés par les guerriers, qui débattent pour savoir si le drakkar qui remplace la pentécontère grecque d’origine date du XIe ou du XIIe s. (7), j’aimerais dire : arrêtez, vous vous faites du mal. Moi aussi, ayant quelques connaissances sur le sujet, je m’étrangle quand je vois les clous métalliques qui unissent les planches de la coque des navires de la flotte grecque dans le film Troie de Wolfgang Petersen, quand je découvre la panoplie de casques de gladiateurs tous plus invraisemblables que les autres dans les deux films Gladiator, ou que je remarque que le personnage principal du Ben Hur de Timour Bekmambetov (2010) monte à cheval en jeans.
Mais j’ai fini par comprendre (cela m’a pris des années) qu’il était impossible d’avoir de telles attentes, à l’exception de quelques rares films appartenant au genre du péplum traditionnel déclinant (Agora, d’Alejandro Amenabar en 2010 et L’Aigle de la neuvième légion en 2011, qui ne sont toutefois pas exempts de tous reproches), avec les productions américaines et avec le genre du péplum en général. Aussi, faut-il accepter de faire le deuil de la précision historique et archéologique et tenter de se focaliser sur le propos du film (quand il y en a un), faute de quoi apprécier un péplum ou un epic movie est devenu impossible pour un spécialiste ou même un amateur éclairé.
Je ne reviendrai donc pas sur les équipements des soldats grecs, ni sur le costume de Batman recyclé pour montrer qu’Agamemnon était le big boss de l’expédition, ni sur les armures futuristes des Lestrygons qui évoquent évidemment les robots cylons de la série de science fiction culte des années 2000, Battlestar Galactica, ni non plus sur le palais de Sparte du roi Ménélas qui surplombe la mer. (SPOILER) Pour cette dernière liberté prise par Nolan, je pense rétrospectivement qu’elle n’est pas le fruit d’une méconnaissance de la géographie grecque, mais une volonté de Nolan d’insister sur le thème du “peuple de la mer” qui tient lieu de fil rouge à tout le film.

Cylons VS Lestrygons !
Pour finir avec cette question du respect des réalités historiques et archéologiques, j’aimerais poser une question. Si Homère (si tant est qu’il ait existé) raconte des évènement qui lui sont antérieurs de près de 500 ans avec tout de même pas mal d’anachronismes par rapport à la période de l’Âge de bronze, peut-on pardonner ceux de Christopher Nolan à 3000 ans d’écart ?
Le personnage d’Ulysse
Il faut évidemment parler du personnage éponyme, Ulysse / Ὀδυσσεύς, car c’est lui qui permer de comprendre la plupart des changements opérés par le réalisateur. En effet, le héros de Nolan n’est pas l’inébranlable Ulysse d’Homère dont la légendaire mètis, “l’intelligence rusée”, fait que sa parole est toujours écoutée et respectée par ses pairs dans l’Iliade. Christopher Nolan fait d’Ulysse un héros désenchanté, traumatisé par le siège de Troie et sa chute sanglante dont lui seul est responsable à cause de la ruse sacrilège du cheval de Troie qu’il a imaginée. Le traitement du personnage d’Ulysse par Nolan est ainsi très proche de celui de l’Ulysse du film The Return, d’Uberto Pasolini (2025) qui, lui, ne se concentre que sur les chants XIII à XXIV de l’Odyssée avec un Ulysse de retour à Ithaque magistralement interprété par Ralph Fiennes. Nolan a, quant à lui, fait le choix du double récit croisé de la chute de Troie et de l’errance en mer d’Ulysse pour mieux expliquer le traumatisme du héros.
(SPOILER) Il semble évident que Nolan, dont la réflexion sur la guerre est un thème de prédilection, a voulu faire plusieurs parallèles dans son Odyssée : entre le traumatisme d’Ulysse et le Syndrôme Post Traumatique des soldats américains envoyés sur différents fronts ces dernières décennies, entre la prise de conscience d’Ulysse des horreurs commises à Troie et la récente prise de conscience des citoyens américains des horreurs de la guerre américaine en Iran, entre les exactions de la flotte grecque dont on apprend qu’elle est en fait ce très redouté “peuple de la mer”, sans foi ni loi, qui pille et détruit partout où il passe, et les exactions de l’armée américaine impérialiste qui intervient partout avec violence au mépris de la souveraineté des états et du droit à l’autodétermination des peuples.
Tout au long de son errance sur la mer, Ulysse désabusé par la guerre et l’espèce humaine, prévient ses hommes d’équipage des dangers qui les menacent, et à chaque fois ses hommes ne l’écoutent pas et connaissent le sort qu’il leur a annoncé. L’Ulysse de Nolan remplace ici le personnage de Cassandre et la malédiction que lui a lancée le dieu Apollon : Ulysse annonce l’avenir, mais n’est plus le leader écouté qu’il était devant les remparts de Troie.
Aussi, avec un Ulysse – Matt Damon aussi torturé par les remords et sa responsabilité dans les horreurs du sac de Troie, ai-je du mal à comprendre le reproche fait au film de Nolan qui ne montrerait “aucune émotion”. Je trouve au contraire que le fait d’avoir choisi de faire d’Ulysse, le héros aux mille tours qui se sort de toutes les situations, un simple vétéran impuissant, aussi bien face aux dieux que face à ses anciens compagnons d’armes, est une bonne trouvaille pour permettre d’exprimer le désarroi et la nostalgie, d’Ulysse dans son sens étymologique de “douleur (ἄλγος) du retour” (νόστος).
Souffle épique
Certains font remarquer que le film de Nolan manque d’un véritable souffle épique, tel que celui éprouvé par beaucoup d’entre nous, en 2004, en voyant la flotte d’un millier de navires grecs débarquer sur les rivages de la Troie de Wolfgang Petersen, Achille – Brad Pitt en tête. Je trouve personnellement que Nolan a justement réussi un savant dosage entre scènes épiques à grand renfort de figurants et récit intime voire intimiste de la transformation du héros inarrêtable en homme brisé.
Pour être fidèle au mythe, aurait-il fallu que, comme dans le texte d’Homère, Ulysse soit entouré d’un millier de compagnons embarqués dans douze navires ? On voit bien que les 2h52 du film n’y auraient pas suffi, et que la peinture du portrait psychologique du personnage d’Ulysse, qui fait l’intérêt du film, en aurait forcément pâti.
La narration
Des commentateurs reprochent à Nolan sa narration de l’Odyssée trop brouillonne ou emberlificotée (à croire que c’est le premier film de Nolan qu’ils vont voir !). Je trouve au contraire que le récit croisé de la chute de Troie pris en charge par des narrateurs différents pallie efficacement l’absence du récit rétrospectif de son Odyssée par Ulysse arrivé chez les Phéaciens inventé par Homère. D’une certaine façon, c’est un peu Calypso, en sevrant progressivement Ulysse des fleurs de lotus, qui remplace l’épisode phéacien. De plus, l’anamnèse mise en place nous permet de comprendre progressivement l’évolution psychologique du personnage principal.
Enfin, grâce à sa narration alternée, non seulement Christopher Nolan évite “l’effet listing” des épisodes de l’Odyssée racontée dans l’ordre, les uns après les autres, écueil que n’ont su éviter d’autres films par le passé, comme la version de Konchalovsky (1997), mais il fait preuve d’originalité là où d’autres se sont contentés de calquer le modèle homérique du récit rétrospectif à partir du palais d’Alkinoos, comme ce fut le cas pour l’Ulysse de Mario Camerini (1954).
Les infidélités au récit
Si je viens d’expliquer, dans les paragraphes précédents, l’absence de l’épisode des Phéaciens, je mentirais si je disais que je n’ai pas regretté l’épisode de la découverte, sur le rivage de Phéacie, du corps nu et abîmé d’Ulysse par la jeune princesse Nausicaa. Une autre explication à la disparition de cette scène est peut-être la pudibonderie du public américain qui aurait rendu délicat le tournage et la projection de cette scène. Nolan semble également avoir tenu à ce qu’Ulysse regagne son royaume d’Ithaque par ses propres moyens et non grâce au navire affrété par la générosité du roi Alkinoos.
La suppression ou la transformation des autres épisodes de l’Odyssée d’Homère me semblent avoir été dictées par un simple impératif, faire rentrer dans un film de moins de trois heures la matière d’une oeuvre littéraire qui pourrait donner lieu à une série en 24 épisodes, et par un parti pris du réalisateur, faire de son Odyssée un film réaliste.
(SPOILER) Ainsi, Nolan a convoqué le personnage de Sinon, évoqué seulement par Virgile, dans l’Énéide, et pas par Homère, pour incarner le soldat grec, cousin d’Ulysse (anonyme chez Wolfgang Petersen) qui se sacrifie pour permettre la prise de Troie.
(SPOILER) L’épisode du Cyclope s’est vu amputer du fameux passage, apparemment jugé peu réaliste ou trop farcesque par Nolan, où Ulysse dupe Polyphème en lui faisant croire qu’il a été aveuglé par “Personne”. Le vin avec lequel Ulysse enivre normalement Polyphème manque tout de même un petit peu car aussitôt le géant a avalé deux compagnons d’Ulysse, aussitôt il s’endort de façon peu crédible.
(SPOILER) Nolan fait l’économie du passage sur l’île d’Éole, considérant sûrement qu’il sera difficile à tourner sans effets spéciaux et que le spectateur aura eu son lot de tempêtes et qu’il aura compris que les hommes d’Ulysse n’en font qu’à leur tête et n’obéissent plus à leur chef.
(SPOILER) Le réalisateur condense assez habilement, je trouve, l’épisode des Lotophages et les sept années passées chez Calypso grâce à la fleur de lotus qui devient le sédatif utilisée par Calypso pour l’apaiser en le rendant amnésique.
(SPOILER) L’épisode des Lestrygons est réduit à sa plus simple expression : l’impossibilité de communiquer avec l’étranger qui se mue inévitablement en guerre sanglante. Les Lestrygons sont bien représentés en géants, comme chez Homère, mais leur cannibalisme est passé sous silence : la scène de cannibalisme dans l’antre du cyclope ayant certainement été jugée suffisante. Au fait, avez vous remarqué dans le générique final, que “l’enfant Lestrygon” a pour nom de famille, Nolan ?
(SPOILER) On peut regretter enfin, l’absence de l’épreuve finale du lit nuptiale, imposée à Ulysse par son épouse Pénélope. Je dois avouer que c’est des épisodes de l’Odyssée que j’affectionne beaucoup, à la fois pour son symbole du retour à la terre, mais aussi pour son romantisme moderne avant l’heure qui, d’une certaine façon, met Ulysse et Pénélope sur un pied d’égalité du point de vue de l’intelligence et de la ruse. Cependant, d’un point de vue cinématographique, les tentatives d’intégrer cet épisode qui ont été faites sont généralement assez mièvres et convenues.
Certains commentateurs sur les réseaux, se sont étonnés de ne pas voir, après assister, après le massacre des prétendants, à la scène du châtiment des 12 servantes qui ont soutenu les prétendants présente au chant XXII de l’Odyssée. Ces servantes sont alors contraintes de traîner les corps des prétendants hors du palais et de nettoyer le sang des prétendants tués, puis exécutées par pendaison. Il faut se mettre un peu à la place du réalisateur et du producteur qui n’ont aucun intérêt, avec une telle scène, à voir passer leur film de la classification « interdit au moins de 12 ans » à « interdit au moins de 16 ans ».
(SPOILER) En revanche, preuve s’il en fallait que Nolan a lu attentivement lu l’Odyssée d’Homère, il essaye de proposer une ouverture, sur laquelle chacun se fera son opinion, pour réhabiliter la fin du chant XXIV souvent considérée comme une verrue invraisemblable qui nuit à l’ensemble du poème.
Je ne m’attarderai pas sur toutes les autres libertés prises par le réalisateur par rapport à l’oeuvre d’Homère. Elles ne sont d’ailleurs pas plus nombreuses que dans la plupart des autres adaptations cinématographiques de l’Odyssée et témoignent souvent de la très bonne connaissance des différentes versions du mythe par Christopher Nolan (cf. entre autres, l’emprunt à Virgile du personnage de Sinon). On notera exemple le personnage d’Anchialos qui, chez Nolan, est séduit par les sirènes et finit par se jeter à l’eau, alors que, chez Homère, il est tué par Hector durant le siège de Troie.
En revanche, je n’arrive pas à comprendre les personnes qui reprochent à Nolan de ne pas respecter la tradition grecque à la lettre. Adapter un texte antique au cinéma au XXIe s., ce n’est pas juste porter à l’écran un texte, c’est montrer en quoi ce texte a encore des choses à dire, et peut toujours nous parler près de 3000 ans après. Viendrait-il à quelqu’un l’idée de reprocher à Jean Giraudoux les reprises des mythes antiques qu’il a faite, dans son roman humoristique, Elpénor (1919), ou dans sa pièce de théâtre plaidoyer contre la guerre, La guerre de Troie n’aura pas lieu ? (1935).
Les dieux
Que dire de la quasi absence des dieux dans l’adaptation de Nolan, qui, à plusieurs reprises s’est déclaré agnostique ?
(SPOILER) D’abord qu’ils ne sont pas tout à fait absents puisqu’Athéna – Zendaya apparaît à peu près à tous les moments importants de l’intrigue. Zeus est lui aussi très présent (surtout si vous avez pu voir le film dans une salle avec un bon système sonore) puisque le tonnerre retentit à faire vibrer les fauteuils du cinéma chaque fois qu’il veut manifester sa présence et sa volonté (chez Calypso, en mer, avant la vengeance d’Ulysse…).
Il est vrai, en revanche, que la malédiction d’Ulysse par Poséidon est nettement passée sous silence par Nolan qui veut faire d’Ulysse une victime de la guerre plutôt que de sa propre ὕϐρις.
Alors, certes, on peut regretter la disparition d’Hermès envoyé par Zeus à Calypso pour lui demander de libérer Ulysse ou directement à Ulysse pour lui offrir l’herbe moly comme antidote aux sortilèges de la sorcière Circé, mais on peut également reconnaître l’avantage de ce choix qui nous a épargné des effets spéciaux d’apparitions divines ou d’assemblées divines kitchissimes, qui, quelle que soit l’époque où le film a été tournée, vieillissent toujours très très mal.
φιλοξενία : la “loi de Zeus”
Oui, je vous l’accorde, Christopher Nolan en fait des caisses avec la φιλοξενία, la “loi de Zeus” qui veut que l’on accorde l’hospitalité à l’étranger qui la demande sous peine de châtiment par Zeus himself. Elle est mentionnée une bonne dizaine de fois pendant tout le film (si vous avez compté, je suis preneur du chiffre exact).
Le message politique est reçu loud and clear. A quelques mois des élections de mid-terms aux Etats-Unis, Nolan dénonce la politique trumpiste de protectionnisme américain, sa devise America First, la violence et le racisme de sa police anti-imigration et l’interventionnisme impérialiste et voyou de l’armée U.S. Normal que cette adaptation de l’Odyssée par Nolan ne plaisent pas aux conservateurs de tout poil !
Effets spéciaux et bande son
Je ne rentrerai pas dans la polémique concernant le format IMAX 70mm car des sites spécialisés le feront bien mieux que moi. Mais si je comprends l’amertume des spectateurs qui n’avaient pas les moyens de payer la vingtaine d’euros nécessaires pour voir le film dans son format d’origine et qui ont donc dû se contenter d’une image rognée en haut et en bas de l’écran, je comprends aussi la démarche artistique de Christopher Nolan qui considère ce format comme le plus adapté à l’oeil humain et à une expérience cinématographique de qualité. Certes, les complexes de cinéma ont transformé cette plus-value technique en manne financière, mais il ne faut pas oublier que ce format n’est pas nouveau, bien au contraire, et que ce sont ces mêmes groupes de divertissement qui ont enterré le format IMAX pour lui préférer le tout numérique moins coûteux et plus pratique au détriment de la qualité de l’expérience pour le spectateur (une chose un peu semblable est en train de se jouer en ce moment avec le groupe Sony qui ne veut supprimer les supports de jeux physiques pour les remplacer par du tout numérique).
Concernant les effets spéciaux et la bande sonore du film, là encore les avis divergent. Certains, biberonnés aux fonds verts, déplorent le manque d’effets spéciaux numériques spectaculaires là où d’autres encensent Nolan pour son réalisme. Certains regrettent avec nostalgie les bandes originales de péplums entièrement symphoniques à la Hans Zimmer pour Gladiator.
(SPOILER) Je me permets de donner mon avis. La quasi suppression des effets spéciaux numériques au profit des effets spéciaux pratiques, d’autant plus lorsque l’on peut profiter d’une projection au forma IMAX, rendent les scènes beaucoup plus réelles, crédibles et immersives. Je prendrai quelques exemples.
(SPOILER) Le premier est évidemment celui de l’épisode du cyclope. D’une part la combinaison d’un véritable comédien, Bill Irwin, et d’une marionnette de 18 mètres de haut pour incarner le cyclope, plutôt que de le créer en 3D de toutes pièces, ne le rend pas moins monstrueux mais bien plus vraisemblable, presque charnel. On a presque l’impression de pouvoir toucher sa peau flétrie. D’autre part, le fait d’avoir tourné toute la scène dans la grotte de Nestor, en Méssenie, plutôt qu’en studio, malgré les contraintes d’espace nécessaire pour les énormes caméras IMAX, renforce la sensation de huis clos. La claustrophobie qui s’empare d’Ulysse et ses compagnons gagne également les spectateurs.
(SPOILER) Le second est l’épisode des sirènes. Visuellement, Nolan refuse de montrer une image nette des sirènes qui restent floues pour le marin comme pour le spectateur (même en IMAX ;-), empêchant de discerner véritablement la nature maléfique de ces êtres aux voies charmantes. Pour la bande son, Nolan est très malin et choisit une ambiance sonore qui joue le rôle de bouchons de cire dans nos oreilles et nous empêche de percevoir distinctement le chant des sirènes. Le spectateur se retrouve bien malgré lui dans la position des compagnons d’Ulysse. Ulysse – Matt Damon est donc le seul à entendre clairement le chant maléfique des sirènes et réalise au passage une magnifique performance d’acteur.
(SPOILER) Le dernier et non le moindre est certainement l’épisode de la transformation des compagnons d’Ulysse en porcs. Sans autre artifice que l’incroyable jeu de l’actrice Samantha Morton (déjà terrifiante dans la série The Walking dead), et un cadrage parfait, les soldats grecs sont transformés en pourceaux par une magie qui semble sortie tout droit des doigts de la magicienne sans aucun effet spécial numérique. Une grande scène de cinéma qui restera.
(SPOILER) Les rares fois du film où Nolan utilise les effets spéciaux numériques, le résultat est beaucoup moins bon et moins efficace sur le spectateur que les effets spéciaux pratiques. Je pense surtout à l’épisode du monstre Scylla qui est à mon sens complètement raté esthétiquement, mal monté et assez illisible.
On peut également mettre au crédit de Christopher Nolan le choix de l’innovation pour la bande originale d’un péplum avec la BO expérimentale à la fois lancinante, mélancolique et angoissante du compositeur oscarisé, Ludwig Gorransson.
Je terminerai sans conclusion (mon texte est déjà bien trop long et peu de lecteurs auront patienté jusqu’ici) par deux remarques assez personnelles. J’ai trouvé, malgré toutes les critiques sur l’anachronisme des embarcations et le manque de paysages de cartes postales méditerranéens que Nolan accordait vraiment la place méritée à l’élément marin et à la navigation si bien décrits par le poème homérique. Là encore, la qualité de l’image et la bande son mettent vraiment en valeur ces deux éléments. Enfin, je terminerai par un petit tâcle (pas un tâcle argentin) au traitement des scènes de combat par Christopher Nolan que j’ai toujours trouvées brouillonnes et peu lisibles comme l’interminable scène finale de vengeance, sauf peut-être dans sa trilogie The Dark Knight.
Promis, je reviens dès que possible pour corriger les inévitables coquilles laissées dans le texte et éventuellement compléter l’article.
R. Delord
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(1) Le premier âge d’or du péplum s’est étalé de 1913 à 1930, le deuxième de 1951 à la fin des années 60 (plus de 120 péplums tournés sur cette seule période), le troisième s’ouvre en 2000 avec le film Gladiator et s’étiole progressivement avec la mode des epic movies inaugurée par le film 300, adaptation, en 2007, du roman graphique de Frank Miller.
(2) Chez Homère, l’adjectif ξανθός est principalement appliqué à Ménélas dans l’Odyssée et à Ménélas, aux femmes esclaves et à Achille, dans l’Iliade.
(3) C’est à se demander si Eric Naulleau a vu le film étant donné qu’il parle d’ “effets spéciaux et de film d’action mille fois vu” alors que le film de Nolan ne comporte quasiment aucun effets spéciaux numériques, seulement quelques effets spéciaux dits pratiques.
(4) Héroïde XV, v.35-40 (Sappho à Phaon)
Si mihi difficilis formam natura negavit,
ingenio formae damna rependo meae.
Nec tamen Andromedae color est obiectus ab illo
mobilis in teneras qui volat ales aquas…
Art d’aimer, II, v.641-642
Nec color Andromedae mediis fuit obiectus ab Indis
aligero fertur quae data fuisse viro…
(5) L’auteur de cet odieux post raciste ne voit apparemment pas ce qui fait le sel du récit d’Homère qui montre la vanité de la force et du pouvoir des hommes en faisant mourir Achille, le plus grand guerrier grec, au pied du rempart qu’il assiège depuis dix ans et le chef de la coalition grecque, Agamemnon, à peine rentré chez lui sous les coups de sa femme et de son amant
(6) Spéciale dédicace à l’internaute qui m’a adressé le message suivant : “L’inculture idiote dégoulinante d’idéologie stéréotypée de votre post.” On se demande de quel côté se situent l’inculture, l’idéologie, les stéréotypes et l’incapacité à argumenter sereinement.
(7) Certains encore s’agacent des rameurs qui gardent leur armure pour ramer et de la présence de chaloupes sur des navires du XIe s. av J.-C. conçus pour être tirés sur les plages. D’autres fulminent contre la façon maladroite qu’a Matt Damon de tirer à l’arc alors qu’Ulysse est censé être un excellent archer, c’est sans fin…
(8) En bonus, un autre exemple d’image générée par IA à des fins racistes par des gens qui si incultes en matière d’Antiquité qu’ils confondent Sinon et Achille et se trompent sur la nationalité des aèdes.

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