Entretien avec Nelson Horn : Alexandre, une aventure en grand
Le deuxième opus d’une trilogie consacrée à Alexandre le Grand est paru chez les Petits Grecs. Pour Arrête ton char, je suis allée à la rencontre de son auteur, Nelson Horn. Retraçons avec lui le parcours d’un projet qui fait grandir le lecteur avec Alexandre.
Julie Wojciechowski
Julie Wojciechowski : Bonjour Nelson, le choix du sujet de cette trilogie apparaît comme une continuité dans ton parcours. Qu’est-ce qui t’a attiré dans l’image d’Alexandre ?
Nelson Horn : À dire vrai, c’est mon directeur de thèse, Bernard Mineo, qui m’a suggéré de travailler sur Alexandre le Grand, que je connaissais alors assez peu. Cependant, le caractère épique de son expédition, les questions politiques que posent ses décisions, les différentes visions, parfois contradictoires mais toujours tranchées, que les sources nous ont laissées de son caractère, tout cela m’a rapidement fasciné, et me fascine encore !

Alexandre La naissance d’un roi, Nelson Horn, La Vie des classiques, Les Belles Lettres, 2026
Alexandre Roi ou tyran, Nelson Horn, La Vie des classiques, Les Belles Lettres, 2026
J. W. : Le premier tome permet de suivre la naissance d’un roi, au plus près de l’auteur Plutarque (Vie d’Alexandre). Le second tome poursuit l’histoire d’Alexandre d’après Arrien (Anabase). Le but était-il donc de donner des repères historiques au plus près des sources ?
N. H. : Pour écrire les Petits Grecs, je m’appuie sur mon travail de recherche, qui a notamment consisté en une confrontation des sources littéraires retraçant l’histoire d’Alexandre. Pour chaque volume donc, je livre un récit appuyé sur l’ensemble des sources, y compris latines. Il m’a néanmoins paru intéressant pour les lecteurs d’entrer dans la lettre des auteurs grecs, c’est pourquoi j’ai choisi de citer textuellement Plutarque par endroits dans le premier volume (car c’est la seule source complète que nous ayons sur l’enfance d’Alexandre), Arrien pour le deuxième et Diodore de Sicile pour le troisième. La question des sources est pour moi essentielle, et indiquer les variations entre différentes versions permet de faire comprendre aux lecteurs la difficulté de cerner une « vérité » quant au Macédonien.
J. W. : Alexandre lit l’Iliade. Or il s’inscrit lui-même dans le mythe. Sa généalogie remonte à Achille et à Héraclès, il va à la rencontre de Gordias…
N. H. : Oui, il y a une volonté claire chez Alexandre d’inscrire sa geste dans une tradition héroïque plus large. C’est ainsi qu’il se rend à Troie à son arrivée en Asie et se recueille sur la tombe de son ancêtre Achille. C’est ainsi encore qu’il rivalise avec Dionysos et Héraclès lorsqu’il s’enfonce plus avant que les dieux ne le firent lors de leurs propres expéditions en Inde. Il s’entoure par ailleurs d’auteurs pour narrer ses exploits : Callisthène, le neveu d’Aristote qui apparaît dans ce volume, en faisait partie.
J. W. : La vie d’Alexandre est jalonnée d’une série de rencontres. Dans le premier tome, nous croisons la route d’Aristote, de Démosthène, de Diogène… Tu suggères dans le tome 2 que c’est une femme qui aurait la plus grande influence sur son destin ?
N. H. : Pas une femme en particulier, mais un changement de mœurs en général. Alexandre en effet est condamné, notamment par les auteurs latins, pour avoir oublié les mœurs de sa patrie en adoptant celles des vaincus. Il se serait ainsi abandonné à une forme de vie lascive, entre banquets interminables et nuits passées au milieu des harems de femmes perses. Thalestris, la reine des Amazones à laquelle il se serait, selon certains, uni, apparaît ainsi comme l’une des figures responsables ou symboles de cette orientalisation d’Alexandre.

J. W. : Le rôle de Bucéphale, son cheval légendaire, est fondateur dans la construction de l’image d’Alexandre, n’est-ce pas ?
N. H. : Tout à fait : Bucéphale fait partie de ces animaux qui ont une place à part dans l’Antiquité, tant il est associé à l’image d’Alexandre. Et Alexandre devient lui-même, d’une certaine façon, indissociable de son cheval que lui seul, selon la tradition, sut dompter. Une anecdote témoigne de la vivacité de cette représentation dans l’Antiquité. Lorsqu’il aménage le forum qu’il fait construire à côté du forum républicain, César fait placer en son centre une statue équestre de lui. Pour ce faire, il dispose une statue d’Alexandre chevauchant Bucéphale et fait remplacer la tête du Macédonien par une tête à sa ressemblance, tandis qu’il fait fendre les sabots de Bucéphale car son propre cheval était réputé pour avoir des sortes de doigts au niveau des sabots. Voilà comment César se plaisait à apparaître comme un nouvel Alexandre chevauchant un nouveau Bucéphale !
J. W. : Tu laisses parler les sources contradictoires, mais pour toi, Alexandre est-il un roi ou un tyran ?
N. H. : C’est bien là la grande question ! Si les historiens romains condamnent Alexandre qu’ils assimilent, après la mort de Darios, à un tyran oriental, les historiens grecs (quelques pamphlétaires exceptés) ne le présentent pas comme tel. Plutarque par exemple pointe l’intelligence politique de ce roi qui sut séduire les populations vaincues en adoptant certaines de leurs mœurs, ce qui lui permit de maintenir une forme d’unité dans son immense empire (unité amenée à disparaître à sa mort). Aussi je serais assez tenté de voir en Alexandre un grand roi à l’aune des critères antiques, selon lesquels la guerre victorieuse amène la gloire et n’est le plus souvent pas condamnée pour sa violence et les destructions qu’elle engendre. Ce grand roi cependant ne fut pas dépourvu de passions et l’on ne peut nier que l’exercice de son pouvoir glissa dans une dérive franchement autoritaire dès lors que des oppositions se firent entendre dans son propre camp.
J. W. : A la conquête de l’Asie Mineure et de la grammaire grecque, on franchit une étape à la lecture de ce deuxième tome !
N. H. : Absolument ! Nous avions quitté Alexandre à Issos à la fin du premier volume, et nous le suivons dans celui-ci en Égypte, en Médie, en Bactriane, soit aux confins de l’empire perse ! Quant à la grammaire, une large part des points de langue est consacrée à des temps inexplorés dans le premier tome : imparfait, futur, aoriste, parfait et même plus-que-parfait. Cela notamment justifie que le niveau de l’ouvrage passe de débutant à confirmé.
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Extrait du livre 1 du tome 1 Extrait du livre 1 du tome 2
J. W. : As-tu quelques révélations à nous faire sur le 3ème tome ?
N. H. : Il est en cours d’écriture. Naturellement, nous accompagnerons Alexandre en Inde et le suivrons jusqu’à son retour à Babylone où il trouvera la mort… de manière naturelle ?
Pour aller plus loin :
Entretien conquérant avec Nelson Horn:
https://www.laviedesclassiques.fr/club/ressources/entretiens/entretien-conquerant-avec-nelson-horn

Ἀλέξανδρος Τὸ βασιλέως γένος. Alexandre La naissance d’un roi
Niveau débutant.
Ἀλέξανδρος Βασιλεὺς ἢ τύραννος. Alexandre Roi ou tyran
https://www.laviedesclassiques.fr/club/ressources/entretiens/entretien-conquerant-avec-nelson-horn
Niveau confirmé.
Arrête ton char Langues & Cultures de l'Antiquité
Le deuxième opus d’une trilogie consacrée à Alexandre le Grand est paru chez les Petits Grecs. Pour Arrête ton char, je suis allée à la rencontre de son auteur, Nelson Horn. Retraçons avec lui le parcours d’un projet qui fait grandir le lecteur avec Alexandre.
